Moments forts du LGM 2013

    Organisation et déroulement du LGM

    Le Libregraphicsmeeting s’est déroulé cette année à Madrid, au Medialab-Prado et a été partiellement combiné avec Interactivos, un autre événement local.
    L’organisation avait décidé de laisser la place à des conférences de courtes durées, des workshop le midi pour couper la journée et un grand espace de travail. La “shortitude” des conférences a été l’élément qui a multiplié le nombre d’interventions et a soutenu le rythme. Si par mégarde, une conférence ne vous semblait pas intéressante, vous aviez à peine le temps d’en profiter pour aller aux toilettes ou vous désaltérer :)

    On peut globalement noter le succès en terme de visite : au moins 300 personnes présentes et une salle de conférence quasi pleine en permanence, du jamais vu au LGM, sauf pour le speech d’ouverture (qui est réputé être toujours le meilleur discours de chaque LGM ;-) ). Ce nombre peut certainement s’expliquer par la dynamique créée par le fait de la conjonction avec Interactivos mais aussi certainement par le lieu qui a une réputation, des moyens mais aussi des étudiants sur place qui ont certainement gonflés les rangs.

    LGM 2013

    Le monde du logiciel libre

    Mixité des participants

    De mon côté, je n’ai jamais vu autant de personnes avec des logiciels propriétaires à un LGM, j’espère que les conférences en auront décidé quelques uns de tenter de changer. Mais ça ne semble pas gagné : à  la présentation de Claudia sur l’avenir de la mise en page où elle mentionne la nécessité de prendre en compte l’édition électronique, une personne pose la question de savoir si elle connaît un logiciel qui a ce soucis à l’heure actuelle. Sa réponse “indesign” a fait sourire une bonne partie de l’assemblée a mauvais titre car sur d’autres points on notera Sigil ou de nombreux plugins web permettant l’epub, tous libres. La vrais question est donc alors quel workflow ? Mais ce ne semblait pas à ce moment être l’intérêt principal.

    Mikado, Tupi, Gimp

    Autres moments intéressants, la présentation de nouveaux logiciels : Mikado, éditeur d’image en mode graphe présenté par Camille, Tupi, logiciel d’animation facile à prendre en main. Ou encore de logiciels plus institués : les évolutions de Krita et quelques démons, et la traditionnelle de Gimp tentant d’expliciter les différences en Gimp et d’autres et qui a été l’occasion d’une salve savoureuse sur le thème “arrêtez de dire aux gens qu’ils doivent faire comme vous décidé et donnez leur au moins ce qu’ils veulent”.
    Pour l’an prochain, les discussions ont été longues mais la destination n’est pas encore choisie. Il faudra être patient.

    Autre aperçu, sur le site de Cédric.

    Stratégie Adword et Réseau display

      Stratégie Adword

      Adword fait partie des stratégies de publicité de nombreux sites web et cela dans les deux sens : ceux qui ont besoin de se faire connaître, mais aussi ceux qui ont de l’espace publicitaire à allouer. Ce deuxième cas est nommé Réseau Display par Google, Adsense, le complément de Adword. Ce réseau est l’une des forces de la stratégie publicitaire et n’a pas été mise en place par Google, mais disons qu’insérer dans une stratégie globale de collecte et d’analyse de données, le réseau Display prend une valeur qu’il n’avait pas auparavant lorsque d’autres proposaient ce type de service.

      Votre réseau display

      Si vous possédez un site web, vous pouvez donc, grâce à quelques petites lignes de codes, permettre à Google d’utiliser certains espaces libres de votre site pour y diffuser de la publicité. C’est un moyen que de nombreuses personnes utilisent pour rentabiliser leurs investissements dans un site web à priori gratuit. Le principe est le suivant :

      • vous mentionnez à Google que vous souhaitez être diffuseur
      • ils vous attribuent une portion de code unique que vous collez dans votre thème
      • lorsqu’un visiteur vient sur votre site, une publicité s’affiche chez lui, envoyée par les données collectées par Google
      • si le visiteur clique sur un lien, vous allez alors bénéficier d’une micro rétribution qui vous aidera peut-être à faire vivre votre site.

      Avantages et inconvénients

      Cela semble une bonne idée, mais est-ce vraiment positif ? En partant du principe que le taux de clic sur une publicité est de 1% et que votre site à un traffic moyen, disons 1000 visites / jour, cela fait 300 clics par mois, et à une moyenne de 10 centimes par clics, l’argent rapporté est assez faible. Cela paiera peut-être le serveur, mais sans plus.

      Publicité photoshop sur LGW

      Publicité photoshop sur LGW

      La question se pose bien sûr différemment sur un site beaucoup plus visité, mais dans ce cas le risque est autre. Comme on peut le voir sur LibreGraphicsWorld, le contrôle des publicités n’est pas optimal, et il est possible de se retrouver avec des publicités qui vont à l’encontre du message diffusé par le site web : ici une publicité sur Photoshop alors même que le but du site est de valoriser les concurrents.

      Le risque en vaut-il donc la chandelle ? C’est à évaluer, et pour cela il n’y a pas d’autres solutions que d’essayer et de mettre une vraie communication en place.

      Blender et RepRap

        Foldarap

        Foldarap présentée à Chemillé

        Le monde de l’impression 3D et des reprap avance aussi vite que Blender. Mais il donne à la 3D un côté tangent, matériel, qui lui manquait actuellement. Un grande partie des personnes rencontrées, voire même des élus aux questions numériques ou technologiques, se demande à quoi cela peut servir.

        Impression 3D : un enjeu éducatif ?

        On avance souvent l’argument éducatif, l’apprentissage de technologie complexes avec des moyens simples, mise en oeuvre des notions vues à l’école, démocratisation et démystification scientifique. Et pourtant il se pourrait que l’enjeu soit réellement ailleurs. Peu de personnes imagine encore qu’elle pourrait se passer d’aller chez IKEA acheter se verres en plastique !! Et pourtant qui aurait pensé il y a 20 ans que l’on aurait tous voulu une imprimante papier, qui plus est couleur, chez nous. La première imprimante que je me suis achetée, grand public, était une EPSON qui coûtait la bagatelle de 2500 francs, soit 380 euros environs. Maintenant les mêmes choses sont vendues moins de 50 euros, on imprime tous nos lettres, nos photos… De la même façon, le prix des imprimantes 3D baisse (on est à l’heure actuelle autour de 500 euros) et avec l’engouement, il y a de grandes chances que cela continue. Dans le même temps, la qualité de résultat augmente et la facilité d’utilisation augmente.

        RepRap : un enjeu de société

        Je vois que bientôt, nous aurons sur nos étagères des bobines que nous utiliserons pour nos verres, nos bijoux, nos jeux et que nous n’aurons qu’à télécharger un plan et à l’envoyer, évitant ainsi des files d’attentes dans des magasins aux présentations standardisées et bien pensées. Au-delà des objets fabriqués, j’y vois une sorte de retour de prise en main de l’environnement familial et des outils quotidiens qui n’en ai certainement qu’à ces balbutiements. Ce même chemin parcouru avec les imprimantes jet d’encres et laser, ce chemin parcouru aussi par les logiciels libres…

        Après avoir formé en masse des ingénieurs et éduqués, et que ces personnes éduquées aient été tout aussi massivement refoulée par un monde professionnel clos, pourtant montré comme moyen d’intégration optimal, ou que ces personnes aient un besoin de reprise en main de leur destinée suite aux diverses pressions qu’ils subissent, y compris de ne pas utiliser leurs compétences en dehors de leur emploi,  il n’est pas étonnant de voir tant de personnes mettre à profit leurs connaissances et les mettre en oeuvres dans leurs vies et activités quotidiennes qui prennent d’autant plus d’ampleur qu’elles sont partagées. Alors à quand une fonction “Imprimer 3D” dans nos ordinateurs ?

        Pitchy poys passe à Blender

          Pitchi Poy passe à Blender

          Sergey Maiorov de blender.org.il a publié cet interview de Gilad Rosenau, Manager du studio d’animation Pitchi Poy, studio d’animation israëlien qui est passé récemment à Linux et Blender.

          Même si les plus gros projets du studio reste sur la planche, le studio a déjà publié quelques publicités réalisées avec des logiciels libres.

          L’nterview

          Pouvez-vous nous parler de vous et de votre studio ?

          Je m’appelle Gilad Rosenau, j’ai 39 an, 3 ans. Je travaille à Pitchi Poy animation depuis 12 ans. Principalement, je fais mon mieux pour gérer ce studio et travail comme préducteur éxécutif, ce qui signifie que je fais que les projets puisse exister avant même qu’ils soient nés. Je les initie, je cherche des fonds et les produits en recherchant la meilleur qualité et garder le studio en activité.

          Pub TV  par Pitchi Poy avec Blender

          Pitchi Poy existe depuis 25 ans et produit des animations avec un grand nombre de techniques, classiques comme numériques. Nous avons été rendu célèbres par notre capacité à mélanger les techniques. Nous sommes  “the last of the Mohicans” dans un monde sacré en produisant encore de l’animation papier.

          En plus de cela, j’enseigne la gestion et la production.

          Quels projets sont actuellement en cours ?

          Nous travaillons sur plusieurs projets, mais le plus important et notre film d’animation  “Baldy Heights”, basé sur un film pour enfant. Cela nous a pris beaucoup de temps pour trouver les fonds et nous y sommes.

          “Baldy Heights” teaser

          Nous en sommes à la prépoduction, moment dans lequel tous les aspects créatifs, les concepts sont validés et peaufinés  — les personnages, les plans, storyboard et une séquence pilote.

          Ce serait bien d’avoir 30% de budget en plus, mais nous sommes déjà conten.

          Pourquoi avez-vous décidés de passer aux logiciels libres et comment cela a-t-il affecté votre business model?

          Ma approche était économique. Il est en effet difficile de produire un film d’animation avec un budget serré.

          Puis j’ai trouvé un intérêt progressif dans la partie philosophique, nous permettant d’investir, nous créateurs, la grande partie de notre énergie dans la production de notre oeuvre d’animation et moins sur le logiciel ou les machines. Génial !

          Quels avantages et inconvénients retirez-vous de cette expérience?

          En ce qui concerne les avantages, le logiciel Blender s’améliore vraiment et cela quasi quotidiennement. Les développeurs et les utilisateurs partagent la même passion d’aider, de résoudre des problèmes même si notre projet est commercial et non philantrhopique.

          Un extrait de Baldy Heights teaser

          Notre système principal est maintenant Ubuntu, parce que nous avons des résultats réellement plus rapides ainsi. Il est bien connu que Blender délivre 50% de performance supplémentaire sur Linux que sur Windows.

          Pour les inconvénients, je pense qu’il manque encore de professionnel familiers avec les logiciels libres. Il y a aussi quelques aspects de Blender qui nécessitent des améliorations, ou alors, nous essayons des choses que nous n’aviosn jamais essayé auparavant, alors nous devons apprendre nous-même.

          Quel conseil pouvez vous donner aux artistes qui veulent suivre votre chemin ?

          Un conseil général, et pas spécifique à l’Open Source, est de garder patience, et très important, être comme un jouet à bascule : toujours se relever après avoir chavité.

          Derniers mots

          L’équipe de Pitchi Poy studio serait heureuse de recevoir de l’aide sur  Python en particulier au département scripting . Pour toute question : gilad [at] pitchipoy [dot] tv.

          The interview was originally published in Hebrew at blender.org.il. and on LibregraphicsWorld.org

          Meilleurs films réalisés avec Blender en 2012

            Blender et films publicitaires

            Fin 2012, Alexandre a publié sa sélection de meilleures films publicitaires réalisés avec Blender. Il nous semble que cette tentative met clairement en évidence l’intérêt professionnel et la qualité des productions et qu’elle vaut d’être relayé dans divers univers linguistiques.

            Certaines personnes nous demandent souvent où sont les productions professionnelles faites avec des logiciels libres. De fait, le logiciel n’étant pas ce qui compte dans une oeuvre, il n’est pas facile de les trouver à moins d’y passer un peu de temps et de faire des rencontres. Libre Graphics World a réalisé cette liste de 12 films publicitaires (donc éminemment commerciaux) de qualité réalisés en 2012 avec Blender.

            Les styles sont très différents par choix pour montrer la palette de mise en oeuvre.

            Campagne pour un magasin Hugo Boss à Londres

            Schokolade Filmproduktion a créé cette vidéo pour le nouveau magasin Hugo Boss de Londres. Blender a été utilisé pour les fluides et les simulations d’océan.

            Le studio a déjà créé une autre video avec Blender pour le même client.

            Iceland Express

            Miðstræti, un studio islandais, a créé une série de publicité pour Iceland Express — une compagnie aérienne avec laquelle ils travaillent depuis 2011. Voici un exemple.

            Vous pouvez visualiser une douzaine de vidéo de cette campagne on Vimeo. Et si vous êtes vraiment curieux, il y a ce podcast avec l’animateur, Hjalti Hjálmarsson, sur Process Diary.

            Personal Financial Manager

            Juan Carlos Montes de MoxStudios a réalisé cette publicité sur la gestion de finances personnelles pour Banco Popular. Toute la modèlisation, l’animation et le rendu a été fait avec Blender.

            L’original avait été rendu avec le moteur interne de Blender. Cete seconde version a été produite avec Cycles.

            Frutmotive soda

            Plus tôt cette année ARt DDs a créé cette nouvelle pub pour  “Frutmotive”,  un soda russe. Ils usent encore  Adobe After Effects pour compositing. Cependant une conversation avec Alexander Zubkov a révélé qu’ils testent actuellement le compositing dans Blender. Ils sont donc proches d’avoir n workflow tout intégré.

            Vous pouvez aussi regarder  “the making of”.

            Une bonne info, l’équipe à mis à jour leur Volume and Mass Calc script qui fonctionne avec les BMesh. A télécharger ici.

            Goldfish Man

            La publiclité “Goldfish Man” a été crée par Richard Lyons pour une chaîne de magasin de produits électroniques en Suède.

            Toute la modélisation et l’animation a été faite avec Blender et le rendu avec le moteur interne. Plus de détails sur Blendernation.

            Webase.it

            Ce travail a été fait par Fab design.

            IBS Study Tour 2012 ad

            Guillermo Espertino a créé cette publicité pour  IBS, fabricant espagnol de sucreries, avec l’aide de Juan Pablo Bouza, David Teres, Michael Berhanu et Adriano Oliveira.

            Le style de Guillermo est assez distinct des autres : Il repose sur des animations bitmap et des dessins vectoriels créés dans GIMP et Inkscape, et utilise une palette de couleur spécifique dans presque tous ses projets.

            Article original : http://libregraphicsworld.org/blog/entry/best-commercials-created-with-blender-in-2012

            BD au format epub

              Colorisation de BD avec Gimp

              Colorisation de Cédric Gémy, epubifié

              Après la mise en place de nos formations epub, voici de petites contributions. La première est cette colorisationd’une BD de badani sur le site Diogene.ch sous licence CC By SA. Nous avons ici simplement fait une colorisation rapide du document initial au trait et epubifié l’ensemble de 10 planches.

              C’est la merde pour Bunny est une BD à télécharger au format epub.

              Livres électroniques et format de fichier Epub

                En informatique, les choses passent, même les écrits. Depuis 20 ans, on nous promet de lire sur le web, et ce qui va avec, la mort du livre papier, qui lui reste. Il avait déjà été “attaqué” par l’immédiateté et la disponibilité de la radio et de la télé, puis par l’interactivité du web. mais cela n’a pas encore suffit.  Comme les industriels de la musique, les éditeurs ont du mal à faire des choix stratégiques dans ce sens, et pourtant les choses bougent.

                Les choses bougent, parce que l’immobilisme de certains ne paie pas face au volontarisme des autres. Que peuvent nos éditeurs traditionnels face à la volonté, d’Apple, Amazon ou Google de développer des plateformes intégrées de vente de livre électronique. pas grand chose. Les éditeurs ont bien chacun essayé de développer leur plateforme, mais avec un succès mitigé. Qui connait ici le nom de la plateforme de vente en ligne de livre électronique des Editions Eyrolles ? Je suis auteur chez eux et j’aurai moi-même du mal à vous le dire. D’un autre côté, le département Ebook de Gallimard s’oriente vers des solutions uniques et rien de standard ce qui rend les livres chers et peu portables même si la valeur créative est indéniable. Bref, faire les choses dans son coin ne marche plus, surtout lorsque l’on est pas maître de tous les éléments.

                Les pions bougent : Accord de ventes avec Amazon… et adhésion à l’idpf (développant le format epub) sont les dernières en date. Les deux étant d’ailleurs en partie contractoires, mais qui leur en voudra de ne pas mettre leurs oeufs dans le même panier. Pour les auteurs, le choix d’Amazon va permettre de pouvoir enfin espérer profiter de vente de livres électroniques. Pour les lecteurs, il va être plus simple de trouver les livres (mais c’est dommage d’avoir une plate-forme unique) et surtout grâce à epub, fini le casse-tête de savoir si le livre sera lisible sur l’ordinateur, la tablette ou le mobile.

                Epub est un format standardisé, poussé par de gros travailleurs du web dont Adobe, Google, rejoins plus récemment par les éditeurs. Epub repose sur des normes reconnues et déjà éprouvées que sont le HTML et le CSS empaqueté dans un format spécial pour l’occasion.  Bref, il existe déjà de nombreux outils pour afficher le contenu d’un epub puisque potentiellement tout navigateur web devrait pouvoir le faire, et autant pour créer des fichiers. mais les choses ne sont pas si simples que ça, bien sûr. dans le cas du epub, comme dans le cas du HTML, le rendu peut varier selon les navigateurs, il y a des problèmes de protection du contenu (pour ceux qui souhaiterait, évidemment), et du côté de l’édition, si vous avez déjà tenté de faire un site web, vous avez du remarqué les difficultés en allant dans les détails. D’où le développement d’un marché de professionnels visant à mettre à disposition des moyens de distributions de livres, à modifier les logiciels de mise en page ou autre (Scribus, Sigil, Calibre…), et de formation pour avoir un contrôle parfait sur le sujet et le résultat. Flossmanuals et la plateforme Booki exporte déjà les contributions des auteurs au format epub de façon automatisée.

                Bref tout n’est pas rose, mais une direction est donnée, comme le Postscript et le PDF avait donné une direction à l’impression ces 30 dernières années. Tout cela va donc encore certainement évoluer, mais l’adoption du HTML5 et du scripting ouvre des voies considérables pour le livre électronique.

                Définir l’art sans licencier les artistes

                  Une participation récente à un débat sur l’art et le libre poursuivi d’une discusion régulière avec une chère amie me fait ressentir le besoin de repasser à la définition d’un mot dont l’utilisation se veut croissante, au point de ne parfois plus rien signifier et éventuellement revoir ce que nous avons déjà exprimé à ce sujet. Je veux parler ici du mot art et de son corrélat artiste.

                  l’art commun

                  En effet, depuis peu, tout est art et tout le monde est artiste. Et il me semble que le débat sur la propriété intellectuelle dont les amateurs de logiciels libres sont friands, prend trop peu en compte la spécificité de l’art, ou plutôt les différentes façons comprendre ce qu’il est.

                  Pris dans un sens presque quotidien, on parlera d’art pour tout ce qui a trait à :

                  • une pratique poussée au maximum, lui donnant un caractère exceptionnel : “ahh, ce surfeur est un artiste !!”
                  • une pratique issue d’une pratique d’un art reconnu : musique, peinture…
                  • on dira même “l’art et la manière”, confondant d’une certaine façon l’art avec le style, soit une variation qualitative de pratique dans une contexte donné
                  • quelque chose qui est joli ou design comme un meuble IKEA, parce qu’il y a une recherche de plaisir graphique
                  • quelque chose qui est moche, parce qu’à part un artiste tordu qui en voudrait ?

                  La confusion vient certainement de la spécialisation dans laquelle les artistes se sont inscrits progressivement, employant des termes aussi fondamentaux dans un sens dérivés du sens commun. En regardant l’étymologie comme on le fait souvent, art définira tout ce qui n’est pas naturel. Mais dans ce cas, qu’est-ce qui différencie l’artefact de l’oeuvre d’art ?

                  L’art sui generis

                  Mais qu’est-ce qui différencie qu’une merde d’artiste soit une oeuvre d’art, et que ma propre n’en soit pas (si si j’ai vérifié sous huissier, sur la tête de ma mère) ? La question semble idiote mais s’en trouve bien centrale. Ce n’est pas (seulement) ce qui est produit qui défini l’art. Ce n’est non plus parce qu’il y a recherche créative que le mot art devrait être accolé systématiquement. L’art a même travaillé à son effacement dans les pratiques éphèméres dès les années 1950 et peut-être même 20.

                  Risquons la simplification à l’extrême :

                  Comme la charcuterie est l'oeuvre du charcutier
                  L'art est l'oeuvre de l'artiste

                  et maintenant :

                  Comme est charcutier celui qui fait de la charcuterie
                  Est artiste celui qui fait de l'art (pas du lard, merci)

                  Qu’est-ce à dire ? l’art c’est comme la charcuterie, pas la boucherie. Le charcutier s’occupe de porc, pas de boeuf ni de cheval ou d’oie. Le métier se définit par la matière premiere (origine animale, mais on a la même chose avec les de nombreux métiers) et l’objectif (faire des produits alimentaires). Peut prétendre à être artiste celui dont l’art est la métière première. L’art est une discipline en soi et pour soi, comme la musique en est une, comme la peinture en est une… l’art peut s’exprimer par de la musique, mais toute musique, même de très bonne qualité, n’est pas art. Il y a, au-delà des problèmes de goût et de qualité, un problème d’intentionnalité et de démonstration de cette intentionnalité.

                  Fait donc art, l’oeuvre qui se pose comme exprimant son appartenance à la tradition de l’art et revendiquant d’abriter en son sein une forme de représentation de cette appartenance. L’expression de l’art, l’oeuvre, ne saurait donc en général être liée à une pratique particulière, mais devra varier selon les besoins intrinséques nécessitant l’expression de cette appartenance selon le contexte de cette expression. Il y a, dans la pratique de l’artiste, une position epistémologique indéniable qui lui donne se caractère si particulier. Le produit de travail de l’artiste est oeuvre d’art, parce que l’artefact, est un produit fini, il est fait. l’art, lui, n’est jamais fait. L’oeuvre reste toujours à l’oeuvre et elle n’est en elle-même qu’un passage dans l’espace et le voyage epistémologique de l’artiste.

                  Que l’oeuvre, ou l’artiste, soient reconnus, il s’agit là d’une autre discussion. Et les circuits de validation restent tortueux.

                  L’art sans jugement

                  Ce qui est surprenant, c’est que le sens commun refuse cette acception mais aussi toute l’évolution de l’art qui y conduit. L’artiste est apparu de sa séparation du monde de l’artisanat en revendiquant une science de l’art et la participation de l’artiste à l’avancée des connaissances et de l’abstraction (perspective) et éventuellement par le refus de se limiter à une seule pratique (Leonard de vinci ou Michel-Ange étaient peintre, sculpteur, dessinateurs, poetes, chercheurs…).

                  Parler du musicien qui gratte sa guitare (moi) comme d’un artiste exprime un refus de cette évolution : elle enferme à nouveau la personne dans sa pratique et en réduit la liberté d’expression à un simple moyen clos. Pour échapper à cette réduction, on tente le jeu du mélange des arts : son(musique)+video, danse+orchestre, danse+video, théâtre+musique…tout y passe, mais tout a déjà été fait. La danse+orchestre, cela s’appelait le ballet. Le son+video cela s’appelait l’opéra… Avec juste des technologies différentes.

                  Il est souvent amusant de voir dans un musée s’extasier les visiteurs devant de jolies toiles du XVI° ou XVII° représentant des scènes mythologiques ou des bouquets floraux. Et d’entendre dire “au moins à l’époque, ils représentaient vraiement les choses, et ils savaient y faire”. Alors même que la composition du tableau est imprégnées de code représentatifs et symboliques qui nous devenus difficiles car éloignées. Que signifie telles fleurs ici ? ou encore telle personne qui porte une tête dans un plat ? Ces artistes là aussi étaient à la recherche d’une expression derrière les apparences, et il reste étonnant que les spectateurs dénigrent justement les formes d’art qui montrent de façon brute la réalité plastique à ceux qui justifie de la chercher. L’art sans jugement, n’est pas un art sans avis, c’est un art dont l’appréciation n’est plus justifiée, c’est un art qui se passe des mots, comme si l’art n’était que pure sensation, que pure technique, ou pure esthétisme.

                  Si cela n’enlève rien aux innovations et au travail des praticiens actuels, le signe des temps est que la définition de l’art pourrait perdre son fondement, et que l’aura dans lequel il a baigné et qui a fait qu’il a été si attractif va peut-être finir par le noyer. De toutes façons, Nietsche avait déjà dit que l’art était mort, alors que faisons nous ?

                  LibreGraphicsMeeting, Vienne

                    Texte encourageant affiché au metalab, vienne

                    Texte encourageant affiché au metalab, vienne

                    Le LibreGraphicsMeeting 2012 à Vienne vient de se terminer. L’année a encore été très riche. Elle a en particulier été le lieu de rencontres encore plus forte puisque l’événement prenait part au sein de LinuxWochen.
                    On notera entre autre :
                    - la sortie de Gimp 2.8 dont la compilation finale s’est faite sous mes yeux. j’ai eu le plaisir de voir mitch vider sa joie et réclamer du champagne alors qu’il ne boit plus que du Club-mate.
                    - le renforcement de l’équipe de l’interface utilisateur de Scribus nommée ui-IV-iu. Une nouvelle répartition des tâches s’est faite dans le but de faire avancer plus vite le projet pour la sortie de la 1.6. Certains membres, alessandro, Cédric ont même mis la main au code. Enfin, on notera la présence pour la première fois de Cezary, développeur polonais et d’africains dont un membre de l’Association francophone des graphistes libres.
                    Cette année, le programme a été marqué par une moins grande quantité de conférence, mais une plus grande présence d’ateliers permettant de réels échanges. Ricardo et Ana ont tenu un atelier sur les fontes couleur et ont mentionnés utiliser le livre de Flossmanuals francophone écrit sur le sujet en novembre dernier au sein de l’école de design et graphisme libre activdesign.
                    Impossible de résumer 4 jours aussi intense en si peux de lignes. Mais nous attendons avec impatience la prochaine édition qui devrait se dérouler à madrid, au mediaLab prado.

                    De la gratuité numérique – 1 : l’engagement personnel

                      Depuis quelques années, on entend publiquement un dénigrement des utilisateurs d’internet, et cela a conduit à des lois tentant de réprimer certains comportements. Des analystes et à leur suite, les journalistes, les politiques et finalement, le commun des mortels ont répandu l’idée que le web développait le souhait de l’acquisition gratuite. Plusieurs tentatives sérieuses ont pourtant tenté de tempérer cet adage, mais comme tous les adages, il a la vie dure.

                      La gratuité fait partie des échanges depuis longtemps

                      La gratuité fait partie des échanges depuis fort longtemps et doit certainement être considéré comme un élément fondamental de tout échange en société.
                      L’un des exemple frappant de ce type d’échange réside dans le cadeau (intéressemment nommé gift en anglais, étymologiquement liés à given). Aussi lorsque l’on offre des cadeaux à ces enfants, ils les reçoivent gratuitement, sans que cela ne choque quiconque. Mais cela est aussi vrai avec tout notre entourage affectif : la famille, les amis…mais pas seulement.

                      Le cercle social restreint

                      Si le cadeau, ou le don simple, est une forme essentielle de l’action éducative qui en peut être remise en question (il serait choquant qu’un parent se fasse payer pour l’éducation de ces enfants et surtout que ce soit l’enfant qui paie son éducation), ce type d’échange peut facilement être étendu à un cercle plus large que le cercle strictement familial.

                      Le réseau amical, même si on considère qu’il a tendance à s’effriter, repose sur le partage réciproque d’intérêts, fussent-ils futiles. Il conduit parfois à une sorte de complexe d’entr’aide non monnayé : je peux aider un ami à bricoler, je peux aider un ami à réparer son ordinateur et à réaliser une tâche informatique et cela est par ailleurs une tâche pour laquelle je serai rémunéré. Dans ce cas, je suis seul décideur de la valeur de mon temps et de mes compétences. Elles peuvent être vendues, cédées ou données. Lorsque cette tâche est effectuée en faveur d’un ami, je considère cela comme une action non commerciale du fait de plusieurs critères : proximité affective de la personne destinataire, contexte d’utilisation (familial), importance de la tâche, complexité de la tâche, pression mise à sa réussite… Ce faisant, je me prive moi-même d’un revenu potentiel, voire j’en prive aussi les concurrents, ce qui conduit donc à fausser les lois du marché du travail et commercial. Nous pourrions inclure dans ces actions l’ensemble des grands-parents qui gardent leur petits-enfants et qui font de fait une prestation gratuite de garde à domicile ou arrangée.

                      Jusqu’ici nous bloquons les exemples sur la concurrence à la prestation de service, mais cela est aussi extensible au domaine des biens. Il n’est pas rare d’engager entre ami des prêt d’objets au risque de la perte ou de la destruction de ces objets. C’est le cas d’outils, du co-voiturage, de livres (alors que les livres numériques ne peuvent l’être). Le don d’objet qui ont fait leur utilité est même une coutume répandu : don de vêtement d’enfants à des amis qui viennent d’en avoir… alors que ces vêtements pourraient être revendus dans des réseaux spécialisés. Cela ne sont que des exemples, mais chacun s’y reconnaîtra quelque part.

                      Dans ces “cadeaux”, le donneur n’attend rien en retour hormis la préservation du statut amical et sa réciprocité (éventuellement la preuve de sa réciprocité) : donner des vêtements peut même être un simple souhait de s’en débarrasser. Mais cela n’enlève rien au fait que le choix de recourir à la gratuité n’est pas anodin.  Le principe de l’échange est simple : je connais quelqu’un qui a un besoin, j’ai les moyens de combler ce besoin; je vais donc le combler (dans les deux sens du terme : le besoin et la personne). La confiance que j’établis dans cette personne me permet d’en tirer un bénéfice personnel (reconnaissance, préservation de lien social, attente d’un retour au moment opportun…) et marque la réciprocité de la relation, son interdépendance. Si Hegel y voyait une dialectique de pouvoir, on peut aussi y voir une sorte d’univocité : la dialectique n’apparaît qu’en cas de conflit, en cas de non réciprocité qui agit comme un refus de la relation qui se doit d’être bi-directionnelle. Dans certains société (cf Mauss) c’est même celui qui donne le plus qui est le plus haut placé.

                      Il apparaît qu’il y a dans le don effectué la réponse à une forme de responsabilité : cela est évident dans le cas des enfants, car le parent a la responsabilité de l’ “élevage” (pas seulement l’éducation, mais aussi tous les besoins matériels qui vont avec ce que l’on a tendance à oublier tellement c’est évident). Mais la responsabilité est aussi réelle dans les autres cas : j’incite un ami à passer à tel logiciel, je devrai par la suite l’aider sur ce logiciel. Je le conseille sur tel ou tel produit je porte une forme devoir que le choix soit justifié et qu’il convienne. Dans tous les, en partant de cette première analyse, il va être facile de chiffrer la valeur des échanges gratuits ayant lieu dans ce contexte. Si on estime chaque personne ou presque a un enfant, 100% de la population donne, au moins 50% reçoit (dans un contexte d’environ 2 enfants par femme). On peut extrapoler en admettant donc que le parent donne 50% de son avoir à ses enfants et que cette proportion peut servir de base à une évaluation de la valeur de l’échange gratuit. Encore ce chiffre ignore-t-il la valeur inestimable de l’acte éducatif lui-même !

                      Le cercle social généralisé

                      L’échange gratuit ne s’applique qu’au domaine individuel familial, il en sort très régulièrement voire même de façon quasi généralisée. Je veux ici parler du secteur associatif. En France des études gouvernementales font mention de 10 millions de bénévoles dans le pays, soit environ 15% de la population. Si l’activité des bénévoles est difficile a évaluée, parce qu’elle est disparate selon les personnes et les secteurs il n’en reste pas moins que ce chiffre est impressionnant.  Certains associations tellement imposantes fonctionnent comme de vraies entreprises (ce qui pose un problème éthique et légal) et doivent avoir recours au salariat (172000), mais la majorité fonctionne selon sur le bénévolat (928000). Il est de coutume de dire que les actions comblent des besoins non solvable dans un système concurrentiel, ce qui justifie leur soutien par les collectivités. Le budget global de fonctionnement est estimé à 59 milliards d’euros, ce qui n’est évidemment pas rien et provient à 34% de subventions. 2/3 de cette somme provient donc de l’activité réelle de l’association et de la valorisation de son activité auprès de financeurs individuels ou sociétaires.

                       Il va cependant être beaucoup plus intéressant de s’intéresser aux bénéfices globaux apportés par les activités bénévoles des associations. Le rapport mentionne :
                      Le poids économique des associations a augmenté entre 1999 et 2005 de 15 %, soit une augmentation annuelle de près de 2,5 % en volume, supérieure à celle du PIB sur la période.

                      Ce rapport ne mentionne pas les sources exactement mais la difficulté réside dans le chiffrage d’action non monnayée, d’en trouver la valeur réelle. Le Conseil économique et social définit le bénévole comme :

                      toute personne qui s’engage librement pour mener une action non salariée en direction d’autrui, en dehors de son temps professionnel et familial

                      le temps professionnel étant considéré comme ayant sa valeur propre, et le temps familial comme n’en n’ayant pas (car il est implicite qu’il y ait responsabilité et échange dans ce cadre). La question se pose donc tout particulièrement lorsque que la gratuité (remarquons que la définition parle savamment d’engagement libre et pas de valorisation économique) est assumée dans des cadres non contraints ni restreints.

                      Poids économique de l’échange à titre gratuit

                      Les associations ont pourtant un rôle économique non négligeable. Parlons simplement des associations sportives qui condensent plus d’un tiers des adhésions :

                      1. elles ont un rôle social et éducatif : transmission de valeur (le plus fort gagne), être en équipe (assumer le résultat ensemble), accepter sa place dans l’équipe (sur le banc, buteur…). Ce critère est difficilement quantifiable, mais constitue certainement le plus marquant et a une valeur inestimable au niveau social.
                      2. elles ont un rôle familial : le temps sportif apparaît pour de nombreux parents comme une méthode de garde à moindre cout. Une année sportive coutera environ 200 euros pour une 20 semaines contre environ 17 euros l’heure de garde personnalisée à domicile. Le parent qui doit travailler ou qui veut se donner du temps aura donc régulièrement recours aux activités associatives (souvent sportives ou créatives) pour équilibrer son budget. L’activité sportive occupe de une heure à presque une demie-journée (si on compte les déplacements des matchs…). Si on part sur cette moyenne de 3h par semaine, valorisée à 17 euros (51) rapportées à la différence au cout d’adhésion (200/20=10), soit 41 euros par semaine soit une valeur économique réelle de 41*20 = 820 a multiplier par le nombre de personne (je n’ai pas trouver de chiffres mais on voir tout de suite le rapport qui peut atteindre plusieurs milliards).
                      3. les effets de l’activité associative ont un impact industriel non négligeable : achat de produits nécessaires (chaussures, …), déplacements (match, concours, expositions…). Surtout, l’association est le socle sur lequel repose la partie professionnelle de l’activité (matchs payants, produits dérivés, …) sur lesquels parient de nombreuses collectivités en terme d’image et retombées (en particulier touristiques : matchs réguliers, coupes locales, nationales, coupes du monde, jeux olympiques…). De ce point de vue, la valorisation en terme économique de l’impact “publicitaire” de l’action associative est sans commune mesure.

                      Prenons un cas moins important : Flossmanuals est une association qui a pour but de mettre à disposition des manuels libres (et gratuits en téléchargement) sur des logiciels libres. Flossmanuals a participer à l’écriture de manuels qui ne trouvaient place dans le secteur commercial de l’édition (Open Street Map, Fontes Libres, …). Un manuel comme Fontes libres, téléchargé à environ 100 exemplaires par semaine depuis 6 mois (30 semaines) produit un taux d’échange de 3000 ouvrages qui valorisé à une moyenne de 15 euros l’ouvrage représente 45 000 euros. Cela sans compter évidemment les copies indépendante des téléchargements, redistributions individuelles entre amis ou institutionnelles comme l’Organisation Internationale de la Francophonie (par ailleurs financeur de certains manuels) a pu le faire. FlossManuals Fr est une association sans salarié dont le budget gravite autour de 0 € mais dont les produits peuvent être valorisés à environ 1/2 million d’euro à l’année s’ils sont rapportés à des équivalents commerciaux.

                      L’impact économique de l’association est sensible a différents niveaux est semble donc largement sous-évalué. Les dossiers mis à disposition sur le site gouvernemental évaluent à souhait le ratio adhésion (apports privés) / subventions (apports publiques), mais s’intéressent peu à la valorisation du temps donné par les bénévoles, ce qui fausse évidemment la donne dans l’appréciation du coût. Donc est donc fait comme-ci le caractère gratuit (ou non-marchand) n’avait pas de valeur intrinsèque.

                      La gratuité diffuse

                      Que la gratuité soit institutionnellement forte (famille), ou organisée légalement (association), ne constituent cependant pas les seuls domaine de gratuité d’action. Puisque tout doit avoir une valeur (et oui, garder les enfants à une valeur par exemple, ou garder une maison), tous les actes quotidiens peuvent entrer dans cette catégorie. Poussons donc le bouchon un peu loin pour revenir à quelque chose de raisonnable. Lorsque je cuisine, je fais acte de cuisinier et peu valoriser cette expérience. Lorsque je dors, j’ai une activité récupératrice (qui me permet de mieux travailler le lendemain) et destructrice (j’abime mon lit, mon matelas, mon pyjama, mon réveil…) qui sont autant d’activités créatrices de valeur. Lorsque j’aide mon vieux voisin à se relever, j’ai aussi une activité sociale simple qui peut être valorisée économiquement en assistance à la personne. Me verrai-t-on pourtant interdire d’aider mon voisin pour protéger le marché des professionnels de l’aide à la personne ? m’interdire de cuisiner ou de dormir pour protéger les restaurants et les hôtels ou autres ??

                      Nous reviendrons ultérieurement sur ces points mais à tout valoriser économiquement, on perd le sens réel des actes quotidiens, on individualise la proposition, alors que le gain social serait à favoriser. Prenons maintenant un exemple non comportemental mais productif. Certains logiciels libres sont produits par des bénévoles, en dehors de tout contexte familiale ou associatif. Scribus en est un exemple. Scribus est un logiciel perfectible qui s’améliore au quotidien grâce au temps et compétences mises en oeuvre par les contributeurs qui sont peu nombreux (une dizaine). On peut critiquer le logiciel, ce n’est pas le but de cet article que de le défendre (pour cela, parcourez d’autres pages de ce site :-) ).  Scribus est énormément utilisé dans le milieu associatif et dans les collectivités, il y fait peu à peu sa place. Il permet ainsi d’améliorer la communication de toutes ces structures et elles développent ainsi leur activités ou la transparence de leur décisions. Scribus a été pris en main par de nombreux éditeurs, en particulier en Afrique francophone, participant ainsi au processus d’alphabétisation qui étaient auparavant plus lents, délocalisés et moins efficaces. Il donne une liberté et une autonomie aux utilisateurs qui l’ont adopté abandonnant les logiciels privateurs équivalents. Si nous tentons d’évaluer l’impact économique de Scribus à terme, il est fort à parier qu’ils sera de plusieurs milliards d’euros en effet directs et indirects (chaque bénévole à donc une valeur énorme, même économiquement parlant). Juger l’action d’une action ou production gratuite à la seule vue de ce qu’elle coute en concurrence est un jugement restrictif. Comme se baser sur ces défauts seul est un jugement restrictif. Il peut être plus intéressant de s’intéresser aux effets positifs qu’aux effets négatifs, en particulier lorsque les gains ne se situent pas qu’au niveau économique, mais dans des niveaux moins identifiables tels que la liberté. Le principe de base du développement du logiciel libre repose sur les efforts et bénéfices partager : chaque apport (qu’il soit financé ou non) n’est payé qu’une fois et immédiatement disponible pour tous sans surcoût. Il n’y a pas de logique d’exclusivité qui organise la vente en grand nombre d’une action déjà payée. Le gain social est donc incommensurable même si l’intérêt économique direct est faible.

                      L’échange gratuit, non seulement remplit un rôle social, mais favorise les échanges inter-individuels, préservent les tissus sociaux et économiques existants. Reprenons nos deux exemples :

                      • peu de parents pourraient payer une garde à prix coûtant sans mettre en danger le budget familial
                      • peu d’éditeur peuvent prendre le risque d’opéré un transfert de connaissance sur un sujet peu répandu et pointu, alors que l’audience peut par ailleurs exister, malgré son manque de solvabilité
                      • peu d’éditeur de logiciel s’intéresse aux marchés en devenir avant que leur devenir ne soit éclairci.

                      Qu’il s’agisse d’organisationnel ou de montée en compétence, la gratuité (ou quasi) n’est pas remplaçable. Tous les chiffres donnés ici le sont à titre démonstratif et n’ont aucun fondement statistique. Ils montrent cependant l’ampleur potentiel du problème et à quel point tout discours négatif à l’égard de la gratuité devrait être réévaluer en fonction des impacts socio-économiques complets et pas seulement sectoriels.