Choix, boucles et aléas

    Les travaux qui font appel d’une façon ou d’une autre à l’intervention étrangère introduisent peu à peu ce qu’il est convenu d’appeler des interfaces. Celles sont plus ou moins introduites dans le corps de la présentation et permettent souvent d’interférer partiellement sur le déploiement du contenu. C’est donc l’élément qui marque l’adhésion de l’auteur à une possibilité entropique qui devra être intégrée dans une gestion de l’événement permettant un type d’appréhension passant de prime abord du contemplatoire à l’opératoire.

    L’œuvre, c’est alors un infini. Souvent un scénario bien bouclé sur lequel l’étranger est invité à agir pour le révéler. La boucle est quelque chose comme l’horloge de l’œuvre, le temps qui efface au passage les traces de ce qui vécut. Le bouclage du scénario, c’est l’identique qui va se laisser manipuler au gré des incitations. C’est l’institutionnalisation à la fois du même et de l’autre. Ce qui se produit au fil du temps disparaît, mais ce dernier reste. Tant qu’elle est remontée, l’horloge avance fidèle à sa source, immobile. En fin de compte, c’est un piège à curieux dans lequel l’enthousiasme retourne à sa forme ludique primordiale.
    La stratégie de l’œuvre vise à muer l’étranger en opérateur par cette possibilité d’action qui lui est offerte dans les temps d’ouverture. Aussi n’aura-t-il qu’un pouvoir limité, sa liberté se limitant à l’éxécution de ce qui lui est offert et qui l’inclue dans un rythme événementiel. Le mitraillage de l’écran, c’est aussi celui que subit celui qui en vient à agir, tout comme claquer la balle par ses vocalises est une manière de s’avouer à la tentation de son pouvoir d’action. C’est en appelant à l’événement que le travail voudrait accéder à l’avénement. La pensée de l’instant est la pensée intrinsèque de l’œuvre qui se révèle faible mais grandissante à chaque inclusion d’un hôte.

    L’œuvre, c’est ensuite un jeu d’impressions où l’occurrence ne saurait masquer l’aspect répétitif de ce qui est proposé et qui est au cœur de la ruse. Car l’occurrence, c’est cette nouvelle itération, un instantané qui introduit l’infini, la récurrence. L’événement va y pêcher ce qui est disponible au même instant et révèle un nouveau cadre d’appréhension, archéologique. L’enferment de la boucle appelle un affranchissement relatif offert dans l’action et qui est sensé accroître la visibilité de l’œuvre. Mais qui ne fait que mettre en évidence le secret qui en est la source.
    Les travaux ne nient alors pas la fragmentation des espaces. Il serait impudique d’agir directement sur ce qui est à mouvoir. Le lieu de l’interface, c’est l’espace de l’action, qui n’est pas celui de la réaction imposée au contenu. Chaque intervention doit amener une découverte, ce qui introduit souvent une métaphore spatiale liée à la déambulation ou à l’architecture, comme signe d’appréhension unique.

    Mais l’œuvre ne s’impose plus comme un monument. Penser la multiplicité d’éxécution devient le mode selon lequel l’insistance est d’introduire une suite d’instances qui s’effectuent présentement sur les suggestions de l’opérateur. Derrière le secret qu’elle maintient comme une arme, l’oeuvre ne peut se défaire de la transpiration de l’aléatoire sur son statut, l’accessoire. Elle est marquée par des conditions de visibilité et de régularité qui sont même souvent dépendantes de supports toujours plus périssables et qui pourraient le cas échéant poser un problème de compatibilité entre l’interface et l’opérateur qui ne se sent pas toujours l’âme joueuse.

     

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