Città

    Parmi les fantômes qui hantent l’individu, certains semblent parfois envahir l’être. L’imaginaire populaire admet aisément que ces-dits fantômes soient lié précisément à un lieu qui fut souvent le théâtre d’un instant, au moins, de leur passé. L’esprit se lie dès lors à l’environnement qui participe de la mise en évidence d’une part de son individualité. C’est par la photographie, célèbre pour voler les âmes, qu’I. Balogh a trouvé l’expression de ces moments historiquement si pauvres, mais si riches dans l’appréhension du temps et de l’espace.

    L’individu est d’abord à sa place, seul ou en groupe, en retrait ou en avant dans un mélange qui signale sa situation. Cette situation est à la fois celle du lieu mais aussi de l’esprit qui l’habite ou celui qui vient l’habiter. Un endroit ne s’exprime jamais autant que lors qu’il est approprié. Dans le cas contraire, on s’y perd, c’est un envers. Aussi, l’amour de la ruine n’est pas l’amour du bâtiment, c’est celui d’une manière de le percevoir et de le posséder. Et pour son bonheur, dans le peu d’espace que nous lui laissons, nous sommes parfois appelés par le bâti, incités à des postures qui semblent nous posséder tout en restant les nôtres. En s’exprimant par la présence du corps étranger, le site permet à celui-ci de laisser épanouir aussi un ensemble de sensations qui pourraient sinon rester secrètes. C’est toujours individuellement que le bâtiment se fait approprier. C’est toujours individuellement que celui-ci met en œuvre la personnalité. Face à l’architecture parfois immergeante, un groupe ce n’est jamais tant d’individus qu’un seul dans lequel s’expriment différents membres qui concourent au même objectif.

    L’environnement, en tant qu’ensemble d’éléments, met en œuvre des personnalités, des intérieurs humains, qui s’expriment par le caractère des postures adoptées. La présence humaine crée l’environnement et participe ainsi à sa propre mise en évidence par la biais du bâti. Ici, ce n’est pas tant le passage qui impose. C’est la mise en place de l’homme qui humanise le site en engageant un discours basé sur des choix déliés d’utilité, un discours où chaque partie s’appréhende mutuellement et modifie le regard porté sur le binôme. Le bâtiment tente d’abord de s’imposer par sa masse, sa force à la Goliath, puis dans le dialogue chacun trouve sa place avec l’autre et sait ne pas se perdre dans cette conscience altérante. L’être du lieu, de son visiteur, n’est pas en soi mais toujours dans ce rapport à cet autre, signe d’une conception de l’espace et du temps, qui peut s’exprimer par émargement. La marge n’est pas en-dehors, c’est une assise dans des espaces intermédiaires développant l’image des deux directions de l’être retiré, mais dans l’attente d’un signe externe. Elle appartient encore à ce que le cadre permet, tout en devenant une ouverture mise à disposition. La disposition est cet équilibre instantané qui tente à prendre valeur de règle.

    Dans le mélange des espaces et des corps, tout pourrait être perdu dans un abandon massif. Mais c’est un autre abandon, celui de l’être et de l’intime, qui signe la prise en main des sites en détaillant, par l’impression, les invariants de l’humanité dans chaque individualité. Trouver sa place en forgeant, doucement, au terme d’une symbolique de l’espace et de l’autre qui permet enfin de compte à chacun de se récupérer relevé.

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