Desireless …

    Desireless … En s’engageant, il y a quelques années, dans un rapprochement des différents réseaux de transport en un lieu stratégique (la gare), la ville renouait aussi avec la tradition technophile qui avait vu naître ces architectures du mouvement et de la nouvelle ère capitaliste qui s’ouvrait. Souvent placés au coeur de la ville (au moins dans le péricentre), c’est aussi là, étrangement, qu’on retrouvait les sans-abris, ceux qu’il est impossible de définir comme sédentaire. Est-il alors possible de définir un mouvement, un trajet comme une suite de lieux placés dans une continuité temporelle, ou comme un fait advenant ? Faut-il le définir comme un statut, une qualité temporaire d’un corps ? Quels sentiment a le voyageur de cet échange auquel il participe ? Entre chaque gare, station ou halte, les artistes voyageurs venus d’Allemagne repèrent un décor rendu abstrait par la vitesse du déplacement. N’existe alors que le confort intérieur draîné par les sons environnants, berçants. D’autres repèrent ces lieux d’arrêt nommés par une pancarte, mais qui se différencient les unes des autres par la place qu’elles occupent sur le trajet et par des temps différents, ceux-ci qui les séparent. Ces lieux sont autant de seuils qui peuvent être franchis ou non.

    Celui qui s’arrête prend le risque de changer de monde et de se perdre dans un ailleurs troublant. Bieniek est sorti de la gare de Rennes par le côté Sud. Peut-être cherchait-il à s’approcher au plus près du soleil d’un août maussade. Il y a d’abord trouvé une prison, ce lieu clos sur les grilles duquel il a décidé d’installer un échappatoire, un rêve de voyage, ce voyage tant préparé qu’il est impossible de se l’approprier, de s’en extraire. La maison d’arrêt n’a alors jamais autant mérité son nom, suspendant ainsi le temps à la suite d’un trajet dominé par une grille exprimée en heures et minutes.

    Afin de savoir où il pose les pieds, le voyageur peut se renseigner auparavant, s’orienter. Il trouvera alors une foule de personnes, de documents qui lui faciliteront la tâche, et le débarrasseront de cette corvée de trouver son propre chemin. C’est ainsi que M. Lohman peut être proclamé guide de Rennes. Il ne revendique pas une connaissance parfaite de la ville, mais invite à la parcourir, de lieu en lieu. Parce que c’est ainsi, qu’une fois de plus, vont les déplacements, depuis l’antique Zénon. L’allemand ne fournit pas le petit train, seulement les flèches, ou plutôt des petits points rouges disposés sur le plan de la ville et qui réagissent aux incitations des curieux, étrangers ou non. C’est lui, cet homme d’ailleurs qui nous montre notre ville, ce qu’il en a retenu. Il invite les autochtones à se reposer à la fois la question de leur cadre de vie commun, de la manière dont ils se l’approprient, mais aussi cette question de la valeur de l’art urbain du point de vue du tourisme ou de la proximité, comme de celui de cette autre enfermé dans des galeries. Markus Lohman accomplit donc lui-même un travail de revalorisation de ces oeuvres en les désignant comme monument, au sens de ce qu’il faut voir ou conserver. Il pointe cette forme artistique perdue dans la richesse et la vitesse de la ville, sortie des lieux guindés de la haute-culture. Le passant/voyageur, moyennant dix francs, pourra embarquer un fragment d’oeuvre, reproduction miniature de son référent urbain et garder cette mémoire d’un espace suggéré. Finalement, cet espace, même commun, se monnayent, trouve une valeur, même en semblant rester hors des systèmes marchands. Rennes-souvenir pointe des caractèristiques de la ville, mais aussi humaines de cultes divers qui trouvent leur expression dans des entassements humains ou dans un échange mercantile exempt le plus souvent de générosité.

    Peut-on encore parler de ces déplacements comme ” invitations au voyage “, si l’on comprend invitation apparaît comme un échange de bons procédés distribués entre amis ? Le multi-sédentarisme pratiqué interdit d’atteindre un jour au nomadisme intégral. Dans ce contexte, le travail artistique se fraye un chemin hors des murs conventionnés, et se pose par endroit pour effectuer sa démonstration de liberté, de mouvement, et de contextualité.

     

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