Gear-land (Guirlande)

    un pays d’adaptation

    Les grands mouvements sociaux ne sont pas toujours ceux que l’on croit. L’école est depuis plus d’un siècle maintenant le maître lieu de la socialisation qui imprime inéluctablement son rythme à tous dès le plus jeune âge. Depuis peu, le foisonnement d’ateliers et de cours du soir en tous genres renforce ce rapprochement opéré entre le savoir et le social.

    La vie entière devient alors rythmée par ces activités.

    On se lève le matin toujours trop tôt, les cheveux en pétard, les yeux collés. Et on se lave; parfois à l’eau froide parce que le plombier, lui, a oublié de se lever. Vu notre état, il est d’ailleurs toujours difficile de règler la température. Puis c’est le deuxième réveil qui sonne, celui qui indique qu’il est l’heure d’y aller et qu’on peut couper le gaz au moment où le café allait être prêt. Après l’abrégé de café, il va falloir passer aux abrégés de grammaire et autres miels délicieux.
    C’est en fait à ce moment qu’on se réveille vraiment. Ce moment où la porte s’ouvre et que l’extérieur nous assaille et nous impose son point de vue. Près de l’école on se sent submergé par ces petits êtres “en formation” qui profitent de ce temps “constructeur” qui leur est gracieusement alloué, plusieurs fois par journée en prenant bien soin d’en marquer la socialité.

    De fait, la communauté émerge parfois avec une force inacceptable, parfois elle se retire, laissant chacun dans un silence qui lui est propre, mais qui parle avec les mots des autres. Le mouvement social accapare chacun d’entre nous, complétement, en prenant des sens différents selon les heures, les rituels, les époques … La rencontre est le moment particulier de l’effectuation de ce mouvement. Moment éphèmère, qui dure plus ou moins, la récréation est à tous les âges une lumière audible par intermittence dans la vie de chacun. Chacun à sa façon est intermittent du spectacle.

    Dès que la porte s’ouvre, l’excitation jaillit de nos corps, et nos mots, nos voix tentent d’asservir le monde et d’êtendre notre champ d’action. Cette porte qui s’ouvre, porte d’imaginaire et d’apprentissage qu’Alice devait appréhender pour savoir franchir, tout le monde a dû l’emprunter. Les portes ouvrant les lieux d’art peuvent parfois paraître lourdes, elles ouvrent souvent sur un silence, sur la civilisation, du moins sur ses traces. Maintenant que l’on peut fixer le son, clouons-le sur le “é” de musée. D’ailleurs, qui pourrait dire que la civilisation n’a jamais été que silencieuse alors que nous festoyons constamment sous des ribambelles d’ampoules? Et qu’adviendrait-il du vacarme inhérent à l’œuvre? ce vacarme démonstrateur que les très jeunes visiteurs savent parfois reconnaître.
    Ron Haselden a créé un lieu à porte bien légère. C’est lorsque celle-ci s’ouvre que le message en jaillit. Lorsqu’elle est fermée à nous d’être contemplatifs. Quand elle se mêle à la discussion, au brouhaha ambiant drainé par le hall, le discours peut il en devenir plus riche d’avoir un participant supplémentaire? C’est aussi cela le Puits de lumière : un lieu de passage pour petits et grands où chacun communique ses qualités.

    P.S. : Ceux qui sont de l’autre côté du mur se sont déjà fait enguirlander.

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