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    Les techniques ont toujours contribué à la conception de l’art autant qu’à ses réalisations. En tant que composantes du travail, elles entrent en compte dans le processus global de création et peuvent souvent servir de distinction entre différentes productions. L’artiste, en quête de nouvelles formes d’expression, reste à l’écoute de toute émergence qu’il pourrait mettre en œuvre.

    Les technologies dites nouvelles n’échappent pas à cette règle. Cependant, les limitations même d’un médium – si ouvert soit-il – lui interdisent toujours l’élimination des anciennes pratiques. Par contre, il existe bien des spécificités inhérentes à cette forme d’expression, spécificités qui apportent avec elles un flot de nouvelles conceptions. Pour cette raison, la publication électronique liée à l’outil informatique ne devrait pas être sans laisser de trace dans le paysage artisitique et cela tant du point de vue des œuvres que des structures institutionelles.

    D’abord, ce type d’art s’oriente volontairement vers le spectateur; celui-ci est plus que jamais incité à agir sur les possibilités qui lui sont offertes. Pas une œuvre qui ne demande au visiteur de faire quelque chose, même si son action ne modifie en rien le déroulement global ou la forme du travail. L’attention souvent fugace est ici sans cesse rappelée à l’ordre par cette incitation à la (ré)action. Cette échange primordial et permanent institué, l’œuvre devient un déroulement que le visiteur peut quitter avant d’en avoir visualisé la totalité, au cas où cette totalité puisse l’être.

    Du point de vue de l’œuvre, cela semble impliquer une certaine évolution des critères d’appréciation. Loin de moi l’idée de pousser à la création d’une œuvre sans fin alors que des artistes comme µLarry Bell§

    Larry Bell µwww.larrybell.com§

    Le principe d’infinitude mis ici en avant n’est à proprement parler la base du travail de Larry Bell. “The Iceberg and its Shadow” était composé de 56 panneaux dont la configuration devait être modifiée à chaque présentation de l’œuvre. Comprise comme un processus, son éxécution complète devenait irréalisable (à moins que de créer une confrérie qui porte le flambeau durant des siècles).Le verre des panneaux devait lui-même amplifier ce phénomène par le biais de prismes et d’effets de couvertures. Le déplacement du spectateur influence alors le rendu en jouant avec l’incidence lumineuse, ce qui donne cet aura spécifique au travail de cet artiste. Ce dernier point, base des “mirages” plus récents, fait de l’œuvre une apparition qui se révèle au spectateur au fur et à qu’il appréhende l’ensemble.

    µ Ainsi, même si loin des préoccupations du multimédia, de nombreux travaux de Larry Bell tentent de chasser toute stagnation et laissent le spectateur influer indirectement sur le rendu.
     

    ont dû se résigner eux-mêmes à abandonner des projets qui allaient dans ce sens. C’est pourtant bien à cela que l’on tend. Et les nouveaux rapports individuels qui en découlent modifient en même temps le lien essentiel de l’artiste à son œuvre par le biais par exemple de productions libres de droit telles qu’elles sont définies par µMarion Von Osten§ ou sur la liste µPOPUP§.l

    es artistes pouvant alors difficilement protéger leurs œuvres mises à disposition sur le web peuvent tout aussi difficilement les vendre d’autant plus qu’elles sont certainement destinées à évoluer. L’art en devient gratuit. µLudovic Burel§ se propose, dans cet esprit, de faire le lien entre des employeurs et des artistes, entre autre. Il utilise le réseau dans sa fonction primordiale, c’est-à-dire la communication. Cet aspect de la protection et de la rémunération contraint d’une certaine façon à passer par de nouveaux discours qui peuvent aussi faire référence (c’est-à-dire publicité quel que soit le discours qui soit porté) à des objets ou marques connues comme dans le cas de µRTMark§ ou µOra-Ito§. Ces rapports sont donc issus d’un paramètre essentiel : la machine. L’ordinateur – étant à la fois l’atelier, le support et le lieu d’exposition – offre une nouvelle perception de l’art, à la fois plus individuelle et plus partagée.

    µµ §§

    µ §

    e nouveau temps et ce nouvel espace de l’œuvre prend un sens d’autant plus différent que celle-ci peut-être visitée en divers endroits simultanément, conformément à la définition même et à l’organisation du réseau. En fait, on peut visiter de chez soi, tout confort à l’appui, sans la pression de l’environnement imposé par le milieu de l’art. L’œuvre semble donc pouvoir s’affranchir de la galerie et des autres structures marchandes traditionnelles considérées aussi comme espace de diffusion. Plus que cela, l’œuvre numérique, par sa compléxité et son déroulement prolongé, s’oppose même à cette diffusion finallement contraignante qui a été utilisée jusqu’alors.

    Une des question qui nous vient donc à l’esprit est de savoir en quoi il est envisageable de présenter un ensemble d’ordinateurs sur le site de la Galerie Art Et Essai. Il semble que la galerie conserve encore un statut valorisant. Le fait qu’une production multimédia soit avalisée par une structure artistique sort ce travail de l’anonymat ambiant du web en lui faisant une publicité et en lui conférant un sérieux qui n’est sans cela pas reconnu. Il semble donc que de ce dernier point de vue, la fonction n’ait pas trop été modifiée. Par contre, il y a bien une utilitarisation de la structure expositrice de la part des artistes. Une propagande du site d’hébergement de l’œuvre se fait au détriment du rôle primordial de l’espace d’exposition en tant qu’espace de publication et d’achèvement.

    Donc après être passé par des structures marchandes, l’art passe par une phase bien de son époque consistant dans une distanciation entre les protagonistes. Buy-Sellf propose de faire de la vente par correspondance sur la base d’un catalogue édité en format papier alors que des artistes profitent à plein pots des possibilités offertes par internet. Des sites comme µartprice.com§ propose même de la vente directe. Le marché de l’occasion de l’art est lui-même bien atteint et des groupes comme µibazar µ §§ou aucland n’écartent pas la vente des œuvres, bien au contraire.

    Ainsi, il n’y a pas que l’art numérique qui profite de cette situation récente, mais bien l’ensemble du monde artistique, même si les premiers ont l’intérêt de réfléchir sur ces nouvelles formes d’échange. Et il y a donc une galerie à Rennes qui essaie, comme son nom l’indique, d’oublier qu’elle puisse être remise en cause. Ceci dit après le 17 juin, tout rentre dans l’ordre, il n’y aura plus rien à y voir avant longtemps.

     

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