Moments forts du LGM 2013

    Organisation et déroulement du LGM

    Le Libregraphicsmeeting s’est déroulé cette année à Madrid, au Medialab-Prado et a été partiellement combiné avec Interactivos, un autre événement local.
    L’organisation avait décidé de laisser la place à des conférences de courtes durées, des workshop le midi pour couper la journée et un grand espace de travail. La “shortitude” des conférences a été l’élément qui a multiplié le nombre d’interventions et a soutenu le rythme. Si par mégarde, une conférence ne vous semblait pas intéressante, vous aviez à peine le temps d’en profiter pour aller aux toilettes ou vous désaltérer :)

    On peut globalement noter le succès en terme de visite : au moins 300 personnes présentes et une salle de conférence quasi pleine en permanence, du jamais vu au LGM, sauf pour le speech d’ouverture (qui est réputé être toujours le meilleur discours de chaque LGM ;-) ). Ce nombre peut certainement s’expliquer par la dynamique créée par le fait de la conjonction avec Interactivos mais aussi certainement par le lieu qui a une réputation, des moyens mais aussi des étudiants sur place qui ont certainement gonflés les rangs.

    LGM 2013

    Le monde du logiciel libre

    Mixité des participants

    De mon côté, je n’ai jamais vu autant de personnes avec des logiciels propriétaires à un LGM, j’espère que les conférences en auront décidé quelques uns de tenter de changer. Mais ça ne semble pas gagné : à  la présentation de Claudia sur l’avenir de la mise en page où elle mentionne la nécessité de prendre en compte l’édition électronique, une personne pose la question de savoir si elle connaît un logiciel qui a ce soucis à l’heure actuelle. Sa réponse “indesign” a fait sourire une bonne partie de l’assemblée a mauvais titre car sur d’autres points on notera Sigil ou de nombreux plugins web permettant l’epub, tous libres. La vrais question est donc alors quel workflow ? Mais ce ne semblait pas à ce moment être l’intérêt principal.

    Mikado, Tupi, Gimp

    Autres moments intéressants, la présentation de nouveaux logiciels : Mikado, éditeur d’image en mode graphe présenté par Camille, Tupi, logiciel d’animation facile à prendre en main. Ou encore de logiciels plus institués : les évolutions de Krita et quelques démons, et la traditionnelle de Gimp tentant d’expliciter les différences en Gimp et d’autres et qui a été l’occasion d’une salve savoureuse sur le thème “arrêtez de dire aux gens qu’ils doivent faire comme vous décidé et donnez leur au moins ce qu’ils veulent”.
    Pour l’an prochain, les discussions ont été longues mais la destination n’est pas encore choisie. Il faudra être patient.

    Autre aperçu, sur le site de Cédric.

    Stratégie Adword et Réseau display

      Stratégie Adword

      Adword fait partie des stratégies de publicité de nombreux sites web et cela dans les deux sens : ceux qui ont besoin de se faire connaître, mais aussi ceux qui ont de l’espace publicitaire à allouer. Ce deuxième cas est nommé Réseau Display par Google, Adsense, le complément de Adword. Ce réseau est l’une des forces de la stratégie publicitaire et n’a pas été mise en place par Google, mais disons qu’insérer dans une stratégie globale de collecte et d’analyse de données, le réseau Display prend une valeur qu’il n’avait pas auparavant lorsque d’autres proposaient ce type de service.

      Votre réseau display

      Si vous possédez un site web, vous pouvez donc, grâce à quelques petites lignes de codes, permettre à Google d’utiliser certains espaces libres de votre site pour y diffuser de la publicité. C’est un moyen que de nombreuses personnes utilisent pour rentabiliser leurs investissements dans un site web à priori gratuit. Le principe est le suivant :

      • vous mentionnez à Google que vous souhaitez être diffuseur
      • ils vous attribuent une portion de code unique que vous collez dans votre thème
      • lorsqu’un visiteur vient sur votre site, une publicité s’affiche chez lui, envoyée par les données collectées par Google
      • si le visiteur clique sur un lien, vous allez alors bénéficier d’une micro rétribution qui vous aidera peut-être à faire vivre votre site.

      Avantages et inconvénients

      Cela semble une bonne idée, mais est-ce vraiment positif ? En partant du principe que le taux de clic sur une publicité est de 1% et que votre site à un traffic moyen, disons 1000 visites / jour, cela fait 300 clics par mois, et à une moyenne de 10 centimes par clics, l’argent rapporté est assez faible. Cela paiera peut-être le serveur, mais sans plus.

      Publicité photoshop sur LGW

      Publicité photoshop sur LGW

      La question se pose bien sûr différemment sur un site beaucoup plus visité, mais dans ce cas le risque est autre. Comme on peut le voir sur LibreGraphicsWorld, le contrôle des publicités n’est pas optimal, et il est possible de se retrouver avec des publicités qui vont à l’encontre du message diffusé par le site web : ici une publicité sur Photoshop alors même que le but du site est de valoriser les concurrents.

      Le risque en vaut-il donc la chandelle ? C’est à évaluer, et pour cela il n’y a pas d’autres solutions que d’essayer et de mettre une vraie communication en place.

      LibreGraphicsMeeting, Vienne

        Texte encourageant affiché au metalab, vienne

        Texte encourageant affiché au metalab, vienne

        Le LibreGraphicsMeeting 2012 à Vienne vient de se terminer. L’année a encore été très riche. Elle a en particulier été le lieu de rencontres encore plus forte puisque l’événement prenait part au sein de LinuxWochen.
        On notera entre autre :
        - la sortie de Gimp 2.8 dont la compilation finale s’est faite sous mes yeux. j’ai eu le plaisir de voir mitch vider sa joie et réclamer du champagne alors qu’il ne boit plus que du Club-mate.
        - le renforcement de l’équipe de l’interface utilisateur de Scribus nommée ui-IV-iu. Une nouvelle répartition des tâches s’est faite dans le but de faire avancer plus vite le projet pour la sortie de la 1.6. Certains membres, alessandro, Cédric ont même mis la main au code. Enfin, on notera la présence pour la première fois de Cezary, développeur polonais et d’africains dont un membre de l’Association francophone des graphistes libres.
        Cette année, le programme a été marqué par une moins grande quantité de conférence, mais une plus grande présence d’ateliers permettant de réels échanges. Ricardo et Ana ont tenu un atelier sur les fontes couleur et ont mentionnés utiliser le livre de Flossmanuals francophone écrit sur le sujet en novembre dernier au sein de l’école de design et graphisme libre activdesign.
        Impossible de résumer 4 jours aussi intense en si peux de lignes. Mais nous attendons avec impatience la prochaine édition qui devrait se dérouler à madrid, au mediaLab prado.

        De la gratuité numérique – 1 : l’engagement personnel

          Depuis quelques années, on entend publiquement un dénigrement des utilisateurs d’internet, et cela a conduit à des lois tentant de réprimer certains comportements. Des analystes et à leur suite, les journalistes, les politiques et finalement, le commun des mortels ont répandu l’idée que le web développait le souhait de l’acquisition gratuite. Plusieurs tentatives sérieuses ont pourtant tenté de tempérer cet adage, mais comme tous les adages, il a la vie dure.

          La gratuité fait partie des échanges depuis longtemps

          La gratuité fait partie des échanges depuis fort longtemps et doit certainement être considéré comme un élément fondamental de tout échange en société.
          L’un des exemple frappant de ce type d’échange réside dans le cadeau (intéressemment nommé gift en anglais, étymologiquement liés à given). Aussi lorsque l’on offre des cadeaux à ces enfants, ils les reçoivent gratuitement, sans que cela ne choque quiconque. Mais cela est aussi vrai avec tout notre entourage affectif : la famille, les amis…mais pas seulement.

          Le cercle social restreint

          Si le cadeau, ou le don simple, est une forme essentielle de l’action éducative qui en peut être remise en question (il serait choquant qu’un parent se fasse payer pour l’éducation de ces enfants et surtout que ce soit l’enfant qui paie son éducation), ce type d’échange peut facilement être étendu à un cercle plus large que le cercle strictement familial.

          Le réseau amical, même si on considère qu’il a tendance à s’effriter, repose sur le partage réciproque d’intérêts, fussent-ils futiles. Il conduit parfois à une sorte de complexe d’entr’aide non monnayé : je peux aider un ami à bricoler, je peux aider un ami à réparer son ordinateur et à réaliser une tâche informatique et cela est par ailleurs une tâche pour laquelle je serai rémunéré. Dans ce cas, je suis seul décideur de la valeur de mon temps et de mes compétences. Elles peuvent être vendues, cédées ou données. Lorsque cette tâche est effectuée en faveur d’un ami, je considère cela comme une action non commerciale du fait de plusieurs critères : proximité affective de la personne destinataire, contexte d’utilisation (familial), importance de la tâche, complexité de la tâche, pression mise à sa réussite… Ce faisant, je me prive moi-même d’un revenu potentiel, voire j’en prive aussi les concurrents, ce qui conduit donc à fausser les lois du marché du travail et commercial. Nous pourrions inclure dans ces actions l’ensemble des grands-parents qui gardent leur petits-enfants et qui font de fait une prestation gratuite de garde à domicile ou arrangée.

          Jusqu’ici nous bloquons les exemples sur la concurrence à la prestation de service, mais cela est aussi extensible au domaine des biens. Il n’est pas rare d’engager entre ami des prêt d’objets au risque de la perte ou de la destruction de ces objets. C’est le cas d’outils, du co-voiturage, de livres (alors que les livres numériques ne peuvent l’être). Le don d’objet qui ont fait leur utilité est même une coutume répandu : don de vêtement d’enfants à des amis qui viennent d’en avoir… alors que ces vêtements pourraient être revendus dans des réseaux spécialisés. Cela ne sont que des exemples, mais chacun s’y reconnaîtra quelque part.

          Dans ces “cadeaux”, le donneur n’attend rien en retour hormis la préservation du statut amical et sa réciprocité (éventuellement la preuve de sa réciprocité) : donner des vêtements peut même être un simple souhait de s’en débarrasser. Mais cela n’enlève rien au fait que le choix de recourir à la gratuité n’est pas anodin.  Le principe de l’échange est simple : je connais quelqu’un qui a un besoin, j’ai les moyens de combler ce besoin; je vais donc le combler (dans les deux sens du terme : le besoin et la personne). La confiance que j’établis dans cette personne me permet d’en tirer un bénéfice personnel (reconnaissance, préservation de lien social, attente d’un retour au moment opportun…) et marque la réciprocité de la relation, son interdépendance. Si Hegel y voyait une dialectique de pouvoir, on peut aussi y voir une sorte d’univocité : la dialectique n’apparaît qu’en cas de conflit, en cas de non réciprocité qui agit comme un refus de la relation qui se doit d’être bi-directionnelle. Dans certains société (cf Mauss) c’est même celui qui donne le plus qui est le plus haut placé.

          Il apparaît qu’il y a dans le don effectué la réponse à une forme de responsabilité : cela est évident dans le cas des enfants, car le parent a la responsabilité de l’ “élevage” (pas seulement l’éducation, mais aussi tous les besoins matériels qui vont avec ce que l’on a tendance à oublier tellement c’est évident). Mais la responsabilité est aussi réelle dans les autres cas : j’incite un ami à passer à tel logiciel, je devrai par la suite l’aider sur ce logiciel. Je le conseille sur tel ou tel produit je porte une forme devoir que le choix soit justifié et qu’il convienne. Dans tous les, en partant de cette première analyse, il va être facile de chiffrer la valeur des échanges gratuits ayant lieu dans ce contexte. Si on estime chaque personne ou presque a un enfant, 100% de la population donne, au moins 50% reçoit (dans un contexte d’environ 2 enfants par femme). On peut extrapoler en admettant donc que le parent donne 50% de son avoir à ses enfants et que cette proportion peut servir de base à une évaluation de la valeur de l’échange gratuit. Encore ce chiffre ignore-t-il la valeur inestimable de l’acte éducatif lui-même !

          Le cercle social généralisé

          L’échange gratuit ne s’applique qu’au domaine individuel familial, il en sort très régulièrement voire même de façon quasi généralisée. Je veux ici parler du secteur associatif. En France des études gouvernementales font mention de 10 millions de bénévoles dans le pays, soit environ 15% de la population. Si l’activité des bénévoles est difficile a évaluée, parce qu’elle est disparate selon les personnes et les secteurs il n’en reste pas moins que ce chiffre est impressionnant.  Certains associations tellement imposantes fonctionnent comme de vraies entreprises (ce qui pose un problème éthique et légal) et doivent avoir recours au salariat (172000), mais la majorité fonctionne selon sur le bénévolat (928000). Il est de coutume de dire que les actions comblent des besoins non solvable dans un système concurrentiel, ce qui justifie leur soutien par les collectivités. Le budget global de fonctionnement est estimé à 59 milliards d’euros, ce qui n’est évidemment pas rien et provient à 34% de subventions. 2/3 de cette somme provient donc de l’activité réelle de l’association et de la valorisation de son activité auprès de financeurs individuels ou sociétaires.

           Il va cependant être beaucoup plus intéressant de s’intéresser aux bénéfices globaux apportés par les activités bénévoles des associations. Le rapport mentionne :
          Le poids économique des associations a augmenté entre 1999 et 2005 de 15 %, soit une augmentation annuelle de près de 2,5 % en volume, supérieure à celle du PIB sur la période.

          Ce rapport ne mentionne pas les sources exactement mais la difficulté réside dans le chiffrage d’action non monnayée, d’en trouver la valeur réelle. Le Conseil économique et social définit le bénévole comme :

          toute personne qui s’engage librement pour mener une action non salariée en direction d’autrui, en dehors de son temps professionnel et familial

          le temps professionnel étant considéré comme ayant sa valeur propre, et le temps familial comme n’en n’ayant pas (car il est implicite qu’il y ait responsabilité et échange dans ce cadre). La question se pose donc tout particulièrement lorsque que la gratuité (remarquons que la définition parle savamment d’engagement libre et pas de valorisation économique) est assumée dans des cadres non contraints ni restreints.

          Poids économique de l’échange à titre gratuit

          Les associations ont pourtant un rôle économique non négligeable. Parlons simplement des associations sportives qui condensent plus d’un tiers des adhésions :

          1. elles ont un rôle social et éducatif : transmission de valeur (le plus fort gagne), être en équipe (assumer le résultat ensemble), accepter sa place dans l’équipe (sur le banc, buteur…). Ce critère est difficilement quantifiable, mais constitue certainement le plus marquant et a une valeur inestimable au niveau social.
          2. elles ont un rôle familial : le temps sportif apparaît pour de nombreux parents comme une méthode de garde à moindre cout. Une année sportive coutera environ 200 euros pour une 20 semaines contre environ 17 euros l’heure de garde personnalisée à domicile. Le parent qui doit travailler ou qui veut se donner du temps aura donc régulièrement recours aux activités associatives (souvent sportives ou créatives) pour équilibrer son budget. L’activité sportive occupe de une heure à presque une demie-journée (si on compte les déplacements des matchs…). Si on part sur cette moyenne de 3h par semaine, valorisée à 17 euros (51) rapportées à la différence au cout d’adhésion (200/20=10), soit 41 euros par semaine soit une valeur économique réelle de 41*20 = 820 a multiplier par le nombre de personne (je n’ai pas trouver de chiffres mais on voir tout de suite le rapport qui peut atteindre plusieurs milliards).
          3. les effets de l’activité associative ont un impact industriel non négligeable : achat de produits nécessaires (chaussures, …), déplacements (match, concours, expositions…). Surtout, l’association est le socle sur lequel repose la partie professionnelle de l’activité (matchs payants, produits dérivés, …) sur lesquels parient de nombreuses collectivités en terme d’image et retombées (en particulier touristiques : matchs réguliers, coupes locales, nationales, coupes du monde, jeux olympiques…). De ce point de vue, la valorisation en terme économique de l’impact “publicitaire” de l’action associative est sans commune mesure.

          Prenons un cas moins important : Flossmanuals est une association qui a pour but de mettre à disposition des manuels libres (et gratuits en téléchargement) sur des logiciels libres. Flossmanuals a participer à l’écriture de manuels qui ne trouvaient place dans le secteur commercial de l’édition (Open Street Map, Fontes Libres, …). Un manuel comme Fontes libres, téléchargé à environ 100 exemplaires par semaine depuis 6 mois (30 semaines) produit un taux d’échange de 3000 ouvrages qui valorisé à une moyenne de 15 euros l’ouvrage représente 45 000 euros. Cela sans compter évidemment les copies indépendante des téléchargements, redistributions individuelles entre amis ou institutionnelles comme l’Organisation Internationale de la Francophonie (par ailleurs financeur de certains manuels) a pu le faire. FlossManuals Fr est une association sans salarié dont le budget gravite autour de 0 € mais dont les produits peuvent être valorisés à environ 1/2 million d’euro à l’année s’ils sont rapportés à des équivalents commerciaux.

          L’impact économique de l’association est sensible a différents niveaux est semble donc largement sous-évalué. Les dossiers mis à disposition sur le site gouvernemental évaluent à souhait le ratio adhésion (apports privés) / subventions (apports publiques), mais s’intéressent peu à la valorisation du temps donné par les bénévoles, ce qui fausse évidemment la donne dans l’appréciation du coût. Donc est donc fait comme-ci le caractère gratuit (ou non-marchand) n’avait pas de valeur intrinsèque.

          La gratuité diffuse

          Que la gratuité soit institutionnellement forte (famille), ou organisée légalement (association), ne constituent cependant pas les seuls domaine de gratuité d’action. Puisque tout doit avoir une valeur (et oui, garder les enfants à une valeur par exemple, ou garder une maison), tous les actes quotidiens peuvent entrer dans cette catégorie. Poussons donc le bouchon un peu loin pour revenir à quelque chose de raisonnable. Lorsque je cuisine, je fais acte de cuisinier et peu valoriser cette expérience. Lorsque je dors, j’ai une activité récupératrice (qui me permet de mieux travailler le lendemain) et destructrice (j’abime mon lit, mon matelas, mon pyjama, mon réveil…) qui sont autant d’activités créatrices de valeur. Lorsque j’aide mon vieux voisin à se relever, j’ai aussi une activité sociale simple qui peut être valorisée économiquement en assistance à la personne. Me verrai-t-on pourtant interdire d’aider mon voisin pour protéger le marché des professionnels de l’aide à la personne ? m’interdire de cuisiner ou de dormir pour protéger les restaurants et les hôtels ou autres ??

          Nous reviendrons ultérieurement sur ces points mais à tout valoriser économiquement, on perd le sens réel des actes quotidiens, on individualise la proposition, alors que le gain social serait à favoriser. Prenons maintenant un exemple non comportemental mais productif. Certains logiciels libres sont produits par des bénévoles, en dehors de tout contexte familiale ou associatif. Scribus en est un exemple. Scribus est un logiciel perfectible qui s’améliore au quotidien grâce au temps et compétences mises en oeuvre par les contributeurs qui sont peu nombreux (une dizaine). On peut critiquer le logiciel, ce n’est pas le but de cet article que de le défendre (pour cela, parcourez d’autres pages de ce site :-) ).  Scribus est énormément utilisé dans le milieu associatif et dans les collectivités, il y fait peu à peu sa place. Il permet ainsi d’améliorer la communication de toutes ces structures et elles développent ainsi leur activités ou la transparence de leur décisions. Scribus a été pris en main par de nombreux éditeurs, en particulier en Afrique francophone, participant ainsi au processus d’alphabétisation qui étaient auparavant plus lents, délocalisés et moins efficaces. Il donne une liberté et une autonomie aux utilisateurs qui l’ont adopté abandonnant les logiciels privateurs équivalents. Si nous tentons d’évaluer l’impact économique de Scribus à terme, il est fort à parier qu’ils sera de plusieurs milliards d’euros en effet directs et indirects (chaque bénévole à donc une valeur énorme, même économiquement parlant). Juger l’action d’une action ou production gratuite à la seule vue de ce qu’elle coute en concurrence est un jugement restrictif. Comme se baser sur ces défauts seul est un jugement restrictif. Il peut être plus intéressant de s’intéresser aux effets positifs qu’aux effets négatifs, en particulier lorsque les gains ne se situent pas qu’au niveau économique, mais dans des niveaux moins identifiables tels que la liberté. Le principe de base du développement du logiciel libre repose sur les efforts et bénéfices partager : chaque apport (qu’il soit financé ou non) n’est payé qu’une fois et immédiatement disponible pour tous sans surcoût. Il n’y a pas de logique d’exclusivité qui organise la vente en grand nombre d’une action déjà payée. Le gain social est donc incommensurable même si l’intérêt économique direct est faible.

          L’échange gratuit, non seulement remplit un rôle social, mais favorise les échanges inter-individuels, préservent les tissus sociaux et économiques existants. Reprenons nos deux exemples :

          • peu de parents pourraient payer une garde à prix coûtant sans mettre en danger le budget familial
          • peu d’éditeur peuvent prendre le risque d’opéré un transfert de connaissance sur un sujet peu répandu et pointu, alors que l’audience peut par ailleurs exister, malgré son manque de solvabilité
          • peu d’éditeur de logiciel s’intéresse aux marchés en devenir avant que leur devenir ne soit éclairci.

          Qu’il s’agisse d’organisationnel ou de montée en compétence, la gratuité (ou quasi) n’est pas remplaçable. Tous les chiffres donnés ici le sont à titre démonstratif et n’ont aucun fondement statistique. Ils montrent cependant l’ampleur potentiel du problème et à quel point tout discours négatif à l’égard de la gratuité devrait être réévaluer en fonction des impacts socio-économiques complets et pas seulement sectoriels.

           

          Fantasmes et projets

            De retour du LGRU, et après avoir passé quelques jours avec de formidables personnes et rediscuté de projets commun avec certains, un point m’est encore apparu et il est temps que je m’applique à l’éclaircir (au moins à mes yeux) : nous avons tous des fantasmes et des projets, essayons de faire coïncider les deux, mais en y arrivant rarement.

            On me rétorquera que c’est normal. La définition de wikipedia sur le fantasme comme ” fixation mentale ou une croyance irraisonnée pouvant, dans certains cas, conduire à des actes excessifs” permet bien de pointer le caractère quasi-irréalisable et de l’excès qui découle de ces fantasmes. Mais quels sont-ils ?

            Il va évidemment être difficile de parler pour tout le monde mais il me semble que certaisn sont partagés au moins à titre social. Citons par exemple, le fantasme d’une communication absolue entre l’homme et la machine dont les interfaces sont le résultat. Citons le fantasme d’une communauté large et libre dans laquelle l’individu peut se noyer en toute confiance. Le fantasme que les mondes virtuels sont parfaits. Le fantasme de créer de projets libres, bref que chacun soit initiateur ou développeur de quelque chose.

            Evidemment on comprendra rapidement la transition. En apercevant la couverture de “Nouvel esprit du capitalisme” de L. Boltanski et E. Chiapello, que j’ai parcouru il y a bien longtemps, il m’a semblé à ce point étrange que tant fantasme cherchent à advenir et se transforment ainsi en projet. Evidemment, il est beau de rêver, et c’est même le rêve qui fait souvent bien avancer les choses, mais une telle ampleur me surprend. Car il y a des différences  de nature qui ne vous auront peut-être pas laissés indifférents :

            • le fantasme est avant tout pour soi mais en soi, difficile à partager à cause de formes d’auto-censures; le projet inclut souvent la mise en mouvement d’une équipe ou induit la relation à d’autres, car le projet est “pour”, une façon de sortir de soi.
            • le fantasme est une pensée plus ou moins contrôlée ; le projet est une mise en oeuvre, une organisation plus ou moins prise mais toujours consciente de la situation
            • le fantasme par de soi, seulement de soi ;  le projet peut être détache de moi et m’y rattacher par raison
            • l’origine du fanstasme est floue est difficile à expliciter ; l’origine d’un projet peut être calculée dans le temps à l’aide d’indices et le projet lui-même peut naître de l’analyse consciente d’un contexte, en projet d’opportunité
            • les fantasmes ne s’excluent pas car l’espace fantasmatique n’est pas limité alors que l’espace du projet est limité par la réalité matérielle.

            On pourrait continuer mais on voit déjà le problème qui se pose dans le passage du fantasme au projet. Comment assurer le passage de l’individuel au groupe ? Comment trouver le moyen de partager un fantasme pour trouver des tiers ? Comment assurer que chaque tiers participant y retrouvera la même capacité de réalisation de son fantasme alors que les initiateurs garde souvent la main sur la vision et l’orientation du projet ? Comment assurer que personne ne restera sur la paille alors que les fantasmes initiaux à la réalisation du projet ont une forme égoïste ? Comment aussi arriver à éviter les conflits qui peuvent être inhérents au projet et à sa rationalisation qui engage l’individu alors même que le fantasme ne se pose même pas la question d’advenir à l’existence ?

            Evidemment je pose beaucoup de question et donne peu de réponse. Mais à l’heure où de les logiciels libres se répandent, mais où le nombre de développeur semble peu augmenter, où un certain nombre de projets phare peuvent s’essouffler, qu’en est-il des possibilité de réinjecter du fantasme dans des équipes prises par les projets à la fois individuels et sociaux ? L’histoire des logiciels libres a montré de nombreux types d’évolution :

            • le noyau linux est un fantasme bien partagé qui a bien fait le saut du projet ; mais pas HURD
            • des personnes ont débuté seules des projets et les projets sont morts faute de trouver écho
            • des personnes ont débuté les projets et ceux-ci ont forkés pour créer le leur car finalement les souhaits étaient un peu différents

            Ainsi de nombreux logiciels sont développés en très petits groupe. Le passage de 0 à 1 semble se faire assez naturellement. Reste le passage de la publicité et du couplage. Enfin, le cap suivant inclus une réelle distanciation, un vrai “nous” qui rend plus difficile la préservation de l’aspect fantasmatique. La confrontation au nombre devient un obstacle certain par le simple fait qu’il devient difficile de coordonner les fantasmes et des projets pour assurer leur bonne équité.

            D’où tout ces rêves de personnes qui prennent le modèle des communautés en ligne et qui aimeraient créer la leur, comme une forme de toute puissante, d’être à l’origine de la fusion absolue des êtres. Mais ces rêves sont souvent bien pauvres car ils ne sont que le miroir de celui des autres auxquels ils risquent donc de se confronter. Etonnant donc que le fait d’être similaire soit un obstacle au même point que d’être différents. Ces rêves sont aussi largement cassés lorsque le contrat moral et tacite des contributeurs est baffouer par le risque de prise en main de certains. D’où, peut-être, la défiance permanente dans les personnes trop fortes, et, éventuellement  dans certains milieux, de l’inclusion d’éléments étrangers (comme des entreprises au milieu de bénévoles) qui n’auraient justement qu’une vision projet et pas fantasmatique.

            Jusqu’ici nous sommes passé au-delà de tout cela. Mais Java, Mysql, OpenOffice sont des projets qui risquent de souffrir de l’augmentation de la dimension projet. Lorsque tout devient projet, et que tout doit l’être, la force ne sera-t-elle pas dans la vivacité des petits groupes renaissants qui évoluent au gré des fantasmes et des rencontres, en acceptant que certains partent, créent ou reviennent ?

            pas laissés indéffi

            LGRU Clos

              LGRU Bruxelles

              LGRU Bruxelles, quelques projets

              La session de travail LGRU est arrivée à terme et la collaboration a été productive : plus d’une centaine de travaux ont été produits en 3 jours dans un esprit positif de partage et dans la volonté de faire avancer la corrélation entre les outils et les pratiques créatives. Voici ici, notre sélection de documents :
              - un script de Cédric permettant d’apprécier l’action d’un logiciel sur la génération automatique de blancs : Scribus whiteSpace générator (PDF + Fonte)
              - impliedSpaces un script sympathique de Ricardo qui remplace la valeur de séparation des blancs par l’action d’une valeur de couleur dans le texte, joli et utile si on considère que l’on pourrait économiser beaucoup de papier en utilisant une telle technique
              - A la recherche des contours lors de l’atelier SVG from scratch, on aurait pu dire SVG sans ordi, finalement
              - Croquis fontes et édition de fontes en ligne
              - Dans le même atelier qui a fait émerger le ScribusWhiteSpaceGenerator on a aussi vu cette idée intéressante de Camille ou encore de Denis.

              et évidemment beaucoup d’autres bonnes choses…

              Qui sont les pirates du droit d’auteur ?

                On fustige les pirates, les jeunes ou tous ceux qui sont sensés tuer la vie culturelle et qui en sont pourtant les plus gros consommateurs, voire producteurs puisque les musiciens que je connais sont les premiers à télécharger des musiques, et les vidéastes, les premiers à télécharger les films. Ils en sont simplement boulimique. Et pourtant rien n’empêche certaines personnes de vouloir tuer la poule dans l’oeuf et de vouloir développer, sans le dire, un droit d’auteur à deux vitesses, dont le rythme législatif actuel est certainement l’arme la plus dangereuse et efficace qui laisse peu de temps aux adversaires et groupes d’opposition pour organiser leur offre.

                Propriétaire de fait !

                C’est ainsi que la loi française décrit le droit d’auteur. Chacun est propriétaire de fait et les droits de chacun des auteurs individuels s’expriment sous plusieurs formes parfaitement identifiées (droit de diffusion, de représentation, de réserve, de repentir…). Le droit identifie aussi parfaitement la répartition des droits sur les oeuvres collectives ou de collaboration. Chacun est sensé respecter ce droit, et le gouvernement français demande aux étudiants d’être au courant de ce droit par les modules A1 et A2 du Certificat Informatique et Internet. Nul n’est sensé ignoré la loi, alors on l’enseigne (ce qui est une bonne chose), chacun agit donc en connaissance de cause. Mais alors comment tolérer les outre-passements de la loi, ces contournements ou alors les clauses d’exclusivité diverses. Un petit exemple :

                Certains de nos Services vous permettent de soumettre des contenus.
                Vous conservez tous vos droits de propriété intellectuelle sur ces
                contenus. Ce qui est à vous reste à vous.
                En soumettant des contenus à nos Services, par importation ou par
                 tout autre moyen, vous accordez à Google (et à toute personne
                travaillant avec Google) une licence, dans le monde entier,
                d’utilisation, d’hébergement, de stockage, de reproduction, de
                modification, de création d’œuvres dérivées (des traductions, des
                adaptations ou d’autres modifications destinées à améliorer le
                fonctionnement de vos contenus par le biais de nos Services), de
                communication, de publication, de représentation publique, d’affichage
                ou de distribution public desdits contenus. Les droits que vous accordez
                 dans le cadre de cette licence sont limités à l’exploitation, la
                promotion ou à l’amélioration de nos Services, ou au développement de
                nouveaux Services

                On remarquera qu’on affirme la préservation du droit d’auteur mais qu’en même temps on donne le droit à l’exploitation du contenu sans restriction (ou presque) dans le plus pur non respect de ces droits. Le but n’est pas ici de cracher sur Google (connu que Google ne crash pas, lui), d’une certaine façon tous les éditeurs que j’ai rencontré font un peu pareil.

                A l’inverse, on trouve ces mentions :

                Vous n’êtes pas autorisé à copier, modifier, distribuer, vendre ou louer
                 une partie ou la totalité de nos Services ou des logiciels qui en font
                partie.

                Bravo la réciprocité : je t’aime moi non plus :)

                Vive la paraphrase !

                Continuons sur notre lancée, puisque c’est dès l’enfance qu’on prépare cela. A l’école on dit aussi aux enfants que ce n’est pas bien de copier sur son voisin. On leur demande aussi de faire preuve d’initiative et de ne pas faire de copier-coller ou de reprise de Wikipédia, mais de parcourir diverses sources et de trouver de nouvelles idées, qui viennent d’eux (au moins).

                Il semblerait ainsi que les adultes aussi respectables soient-ils ne s’appliquent pas toujours ces règles à eux-mêmes. Que penser de ce billet de Sony visant à contourner le droit en faisant de la paraphrase (ce qui comme chacun sait n’est pas vraiment de la copie) ? Ce n’est pas la première fois que Sony agit ainsi. On l’avait déjà vu bafouer le droit de la Fondation Blender concernant des films libres publiés et d’autres cas encore (VLC…)

                Finalement reparaphrasons toutes les oeuvres. C’est d’ailleurs un exercice de style fort intéressant auquel des auteurs se sont déjà collés (Queneau en particulier), mais voilà bien que Sony nous montre la porte de sortie. Puisque seule l’oeuvre réalisée est protégée et en l’état, et non les idées, qui appartiennent à tous, alors paraphrasons ! Cela sera un exercice très amusant, risque au passage de faire perdre le gout du style ou du détail, ou au contraire de le révéler. Qui sait ?

                Comme vu en commentaire sur linuxfr :

                En gros:
                 - SONY: droit de piratage pour gagner de l'argent
                 - SONY: lutte contre le pirate pour gagner encore plus d'argent

                L’ambition de tout ceux qui veulent renforcer la dite propriété intellectuelle serait de protéger l’innovation et la création en développant ces restrictions du public à leur profit alors justement que les industriels et entreprises de contenu sont les premières à les bafouer, à bien plus grande échelle. Rien d’anormal, apparemment, puisque les enjeux sont du côté des entreprises, non de l’utilisateur (mais pardon, l’utilisateur aussi a ses propres enjeux !).

                On dira le règne de la gratuité et les gens ne veulent plus payer !!

                Allons donc prendre les choses autrement. Est-ils normal de payer pour du contenu tombé dans le domaine public (livres, musiques, partitions, BNF qui peut d’ailleurs monnayer les documents dont elle est dépositaire). En France tout éditeur a cette obligation de dépôt à la Bibliothèque Nationale qui doit ainsi jouer un rôle de préservation du patrimoine culturel, en assurer l’accessibilité à tous de façon équitable (sauf évidemment contrainte spécifique de document rare et fragile). S’il y a impression de livres ou musique et diffusion, évidemment que cela peut se monnayer, mais pourquoi faire perdurer ce système comme base de l’ensemble s’il est un frein au développement culturel et à la reconnaissance des auteurs dont l’oeuvre est tombée dans le domaine public. et qu’il pourrait à l’inverse prendre le statut d’exception. N’aurait-ce pas en plus l’avantage d’inciter à renouer avec les bases et évolutions historiques des cultures pour mieux preparer des avenirs ?

                DANS LES LIMITES PERMISES PAR LA LOI, GOOGLE, SES FOURNISSEURS ET
                DISTRIBUTEURS, DÉCLINENT TOUTE RESPONSABILITÉ POUR LES PERTES DE
                BÉNÉFICES, DE REVENUS OU DE DONNÉES, OU LES DOMMAGES ET INTÉRÊTS
                INDIRECTS, SPÉCIAUX, CONSÉCUTIFS, EXEMPLAIRES OU PUNITIFS.

                Bientôt on nous vendra du Balzac on nous disant que ce n’est peut-être pas le bon texte à l’intérieur :)

                Alors certes : reprenons alors les règles d’utilisations de Google. Combien d’entreprises utilisent ces services parce qu’ils sont gratuits tout simplement. Et risquent par là même leur activité par la perte de données sensibles. Est-ce bien raisonnable ? La gratuité n’est donc pas que l’apanage des adolescents en manque de loisirs. La gratuité serait un mal global, qui ne s’arrête pas aux échantillons gratuits et au saccage des vernissages d’exposition. Bref, un mal si généralisé, qu’il est sûrement un bien (je n’imagine pas tous les gens qui m’entourent comme des masochistes). Et si ce mal est généralisé c’est peut-être qu’il devient norme et dans ce cas, il faudrait revoir toutes les lois pour qu’elles suivent cette évolution au lieu de vouloir interdire ce qui peut sembler inéluctable. Bref ne pas refuser le bien, ne pas refuser la part de don qui est inhérente à toute vie sociale.

                Les éventuels litiges liés aux présentes Conditions d’Utilisation ou aux
                 Services seront régis par les lois de l’État de Californie, États-Unis,
                 à l’exclusion des règles de conflit de lois de cet État. Toute
                réclamation liée aux présentes Conditions d’Utilisation ou aux Services
                relèvera exclusivement de la juridiction des tribunaux fédéraux ou des
                tribunaux d’État du comté de Santa Clara, Californie, États-Unis. Google
                 et vous-même acceptez par les présentes de vous soumettre à la
                compétence de ces tribunaux.

                Petites entreprises qui avaient peu de moyens, prenez un avocat international pour vous protéger, c’est tellement plus simple.

                Ainsi, on voudrait nous dire que le droit est juste et qu’il protège l’intérêt général. Le preuve en est bien que ce principe n’est plus valable, qu’il ne protège ni l’intérêt général ni les plus faibles face aux plus gros ! Bref la loi perd peu à peu sa valeur sociale et politique et dans le même temps la reconnaissance qu’on peut lui apporter. Bref pourquoi la respecter si elle n’est pas le fruit d’un réel compromis ? résultat d’un projet de vie et de développement commun. Ce qui m’horripile dans tout cela, c’est que la culture qui est le fruit de l’intelligence humaine, du respect et finalement pourrait être un modèle de développement de la liberté (et qui le revendique), devient le pire exemple de ténacité policière et de censure en projet. Cela a débuté il y a bien longtemps mais dépasse à présent des limites difficilement acceptables et justifient largement les crispations actuelles des utilisateurs puisque tous ces utilisateurs sont aussi des auteurs que l’on spolie allégrement. “Le ciel vous tienne en joie“.

                 

                De la force de la liberté d’écrire

                  la traduction est-elle un pillage ?

                  la traduction est-elle un pillage ? et dans quel sens ?

                  Pour avoir écrit de nombreux documents sous licences libres (Manuel utilisateur Inkscape, Manuel Scribus, Scribus de FM, A la SOS GIMP…) et en même temps des livres par les éditeurs, il y a de moments où la question du choix se posent.

                  L’éditeur, pendant longtemps pouvait se vanter d’une force de “frappe”, un réseau de distribution important et des moyens de productions uniques. Mais voilà, le coût des impressions baisse drastiquement, les logiciels de mises en page courent les rues (et aussi les graphistes a uchômage qui essaient de garder la main) et le web permet de toucher un public qui en va plus dans les librairies.

                  Les auteurs pouvaient encore se dire que l’argent qu’ils touchent en rémunération de leur texte est uen compensation au temps passé qui peut toujours au moins servir à payer un resto à sa/son bien-aimé(e) pour les soirées qu’ils ont passés seuls pendant que l’autre aligner les mots doux sur la page. Mais voilà, dans le contexte actuel, la discussion avec les éditeurs se durçit et les pourcentages diminuent. Le contenu n’est pas en reste puisque les exigences ou contraintes grandissent en particulier en matière de délais. Brefs, ceux qui se dise défendre le droit de auteurs sont bien en mal d’en apporter la preuve à ceux qui le vivent.

                  Les modèles de partage basés sur les logiciels libres, s’ils n’assurent pas nécessairement de revenus supérieurs offrent une réactivité et une publicité bien supérieure. Deux exemples.

                  Nous avons déjà parlé du livre sur les fontes libres écrit sous la facilitation de Flossmanuals francophone et qui a permis l’écriture d’un livre donc le contenu n’était jusqu’à présent pas traiter alors même que les livres sur la typo abondent, suite à la tendance actuelle. L’effort partagé de quelques personnes sur un temps réduit et raisonnable dans une ambiance de partage des savoirs et d’auto-émulation a permis l’écriture d’un livre unique à ce jour, qui n’aurait trouvé preneur chez aucun éditeur parce que trop spécialisé et s’adressant à un public trop restreint, bref pas financièrement intéressant.

                  Ensuite, pour avoir personnellement écrit 3 livres sur Gimp, et sur Scribus et avoir été contacté par des éditeurs dans divers langues, il s’est souvent posé la question de la traduction d’un livre existant. En effet, pourquoi me demander d’écrire un nouveau livre alors qu’il suffirait de traduire un livre existant du même auteur. L’auteur en question, au lieu d’écrire 1000 pages médiocres pourraient ainsi passer plus de temps sur chaque livre permettant alors d’en augmenter la qualité. Mais voilà, l’auteur ne coûte rien à l’éditeur, puisqu’il est payé en pourcentage des ventes, alors que le traducteur doit être rémunéré directement. On voit donc comment cette politique aussi peut éventuellement conduire parfois à un appauvrissement des contenus.
                  Loin de cela, le manuel Scribus écrit cet été sous une autre facilitation de FlossManuals francophone vient d’être utilisé comme base pour un manuel Finlandais ! Auparavant d’autres manuels avaient subi le même sort de passer d’une langue à l’autre et cela le plus naturellement du monde.

                  Alors faut-il donc cloisonner  pour favoriser l’émergence de nouveaux contenus ou au contraire ouvrir ? Nous penchons évidemment largement pour la seconde solution. Reste à assurer la pérennité du modèle en assurant un revenu pour les auteurs qui mettent ainsi à disposition le résultat de nombreuses années de recherches et d’expérience. Les dons, ou encore le mécènat d’association ou l’achat de produits (livres ous formes epub ou imprimé en vente directe) peut éventuellement fournir des solutions. Mais cela suffira-t-il ? Et doit-on estimer que les finlandais empêchent le livre français de se développer ? Grave question :-)

                  le retour des auteurs

                    Les infos fusent en ce moment sur l’évolution de l’offre de l’édition numérique. Entre l’HADOPI qui s’auto-complimente et les éditeurs de livres qui n’arrivent pas à mettre le pied à l’étrier, il est flagrant d’observer un décalage fondamental.

                    Pourtant comme le MP3 ou le MP4 sont rentrés dans les moeurs, pourquoi les livres électroniques ne connaitraient-ils pas un succès ?
                    D’abord le livre véhicule une image particulière : luxe, culture du à la fois à son histoire mais aussi aux changements qu’il a permis au sein de nos sociétés. Sans l’évolution des techniques d’impressions et de méthodes d’édition qui ont suivies, nos sociétés ne se seraient jamais développées de la même façon car le livre est une part importante de la formation et de l’auto-formation essentielle au développement de l’activité économique.
                    Le livre, même, possède un caractère presque religieux : le livre c’est la Bible, le Coran, bref, de Saints Ecritures, comme on dit. Pas étonnant, donc que les éditeurs aient du mal à passer le cap du changement de support pour le texte.
                    Ces éditeurs même ont du mal à être clairs : dans un sens ils nous disent que ce qu’achète un lecteur c’est le contenu, non le livre et dans le même temps, tout est fait pour brider l’utilisateur. Nous reviendrons sur ce point.
                    Cependant, avec l’essor des tablettes numériques (plus légères et maniables que des ordinateurs) et des smartphones, voilà que l’édition électronique fait un bon aux Etats-Unis et que les éditeurs français se disent maintenant qu’il faut suivre. Bref, cela fait 10 ans que les changements sont en marche, mais on attend le dernier moment pour s’investir dans la direction. Au final, on aboutit à une sorte de précipation qui risque d’être dommageable à toute la chaîne, de l’auteur au lecteur.
                    Cette chaîne, dans les accords actuels, se caractérise par une main mise des vendeurs sur le contenu. Bref, on tente de faire avec les livres ce qui n’a surtout pas marché avec la musique : formats fermés, protection contre la copie… et qui ont fait que les acheteurs en avaient assez.
                    Reprenons la chaîne à partir de l’auteur. Le chiffre d’affaire de l’édition est de l’ordre de 3 milliard d’euros en France en 2010 pour 465 millions d’exemplaires vendus sur 600 000 titres dont 67 000 nouveaux. De ceux-ci, les 10 000 titres les plus vendus représente plus de 50% du chiffre d’affaire. La plupart des livres sont donc vendus à de très faibles quantité. La grande majorité des auteurs a donc beaucoup de mal à obtenir un revenu suffisant de la vente pour arriver à continuer la production de ressources.
                    Les éditeurs eux-mêmes voient les ventes diminuer. L’augmentation lente de la vente électronique est loin de pallier la baisse. La solution trouvée jusqu’ici est d’augmenter le nombre de titres disponibles pour bénéficier de l’effet nouveauté. La première de cette stratégie tient dans le fait qu’elle épuise les équipes de production (auteur, relecteur, maquettiste), au détriment de la qualité et donc du lecteur (produire plus vite donc moins de temps par ouvrage, pas d’amélioration d’un texte, mais on le refait complétement). Le fait est que le temps passer à la lecture de documents longs diminue, au profit de lecture en diagonal (news sur le web, tweets…). Un français sur 2 n’a pas acheté de livre en 2010. parmi ceux-ci, 25% sont des poches, et romans+livres pratiques+scolaires représentent presque 65% des ventes. Bref, les lecteurs adultes semblent plus enclins à la lecture loisir, reléguant l’apprentissage aux enfants, ce qui limite d’autant la vente de livres qui se veulent “intelligents” ou qui sont le résultats d’innovation réelles (pas que la littérature ne puisse pas innover bien sûr !).
                    Il est coutume de dire que les imprimeurs vont y perdre. Cela n’est pas nécessairement le cas. Le développement de l’impression à la demande engendre un nouveau type de service qui pourrait compenser certaines pertes dans les secteurs traditionnels du livre édité.

                    Finallement, il nous reste les diffuseurs et distributeurs. Chez les distributeurs physiques de grande échelle, les rayons livres se réduisent peu à peu, focalisant toujours plus sur des grands titres. Dans le même temps, les petites librairies n’arrivent plus à suivre malgré les efforts consentis. Reste donc que les grands distributeurs qui avaient une part importante du marché sont ceux qui peuvent maintenant prendre en charge la vente électronique. Amazon, FNAC et autres vont donc se partager le nouveau marché des livres électroniques en particulier avec la mise sur le marché de matériel de lectures spécifiques. A l’heure actuel, le livre électronique reste en France très cher : en général le même prix que le livre papier alors même que ces coûts de production sont bien moindres, l’investissement quasi nul (les auteurs sont payés sur les ventes souvent 1 an après, pas de frais d’impression ni de diffusion, ne reste à payer que le staff de l’éditeur et la mise en page). Cela à l’avantage de ne pas sonner le glas du livre papier trop vite mais il semble aussi tout à fait anormal de ne pas calculer le prix d’un produit en fonction de son coût de fabrication. Les droits d’auteurs ne sont pas plus élevés, la marge augmente donc seulement pour les éditeurs et les distributeurs.
                    A en juger par les récents accords signés entre ces derniers, il semblerait que les éditeurs aient mal négociés leur tournant technologique et se soient laisser dicter les termes du contrat : dans un cas Amazon prend 30% du prix de vente soit environ 5 fois plus que l’auteur qui oscille entre 5 et 15% alors même que c’est l’auteur qui passe le plus de temps à produire le document. Mais il devient courant de nos jours que le travail ne soit pas rémunéré à sa valeur réelle et que certains se réserve la plus grande part. Plus que cela, plus que de vendre sans réévaluer les revenus de totue la chaîne de production, Amazon diffusera les livres dans son format propre, ce qui empêchera l’acheteur de pouvoir livre le livre acheter sur le matériel de son souhait. Ainsi, l’édition électronique pour urdes raisons de marché, adopte une politique de prise en otage de la clientèle alors que le lecteur aimerait simplement accéder au contenu, et que des formats standards comme le epub ont été créés pour assurer la portabilité des documents.

                    Cette situation peut-elle perdurer ? Il est fort possible que oui. On a bien vu il y a quelques années les formats propriétaires de musique s’écrouler face au standard MP3. Exit ceux qui voulaient avoir la main mise sur la musique. Mais cette révolution est venue des utilisateurs, en général jeunes, malins et qui communiquent beaucoup entre eux sur les astuces, qui partagent beaucoup les fichiers par manque de ressources financières. En ce qui concerne les livres, dont l’acheteur est majoritairement adulte, parfois moins technophile, dont le temps passé à chercher une solution à un impact sur sa vie familiale, il est probable que la pression sur les formats de fichier se fasse moins forte que pour la musique. Malheureusement. Comme on peut prêter un livre, ou l’emporter avec soi, comment sera-t-il possible d’emporter son livre électronique qui va nécessiter une tablette d’un certain type. En achetant des livres chez différents distributeurs, faudrat-il voyager avec les tablettes de chacun des distributeurs et la grosse valise qui va avec. Qu’en sera-t-il de la possibilité de prêter un livre à un ami si celui-ci n’est pas équipé comme nous ? Bref qu’en sera-t-il de la liberté du lecteur ?
                    De son côté, l’auteur a de réelles questions à se poser. S’il vend moins, s’il n’est pas mieux rétribué sur la marge créé, s’il n’est pas mieux suivi par l’édition, n’a-t-il pas intérêt de publier ses livre en dehors des circuits constitués. Deux grandes possibilités lui sont alors offertes :
                    - écrire les livres de son souhait, de la façon qu’il lui convient et organiser la publication lui-même en déposant son livre chez les distribiteurs (le même Amazon permet de faire ça depuis très longtemps). Il peut même exister des versions papiers grâce aux sites d’impression à la demande. Dans tout ces cas, l’isolement peut être lourd à porter et l’auteur aura peut-être envie de s’investir dans des réseaux d’auteurs pour bénéficier de dynamiques, de relecteurs… Dans ce cas, on préserve une forme du système actuel, une rémunération sur les ventes, aléatoires.
                    - écrire des livres avec un financement préalable, un peu comme une avance. Cette avance peut être l’objet d’un contrat avec un client demandeur ou être le résultat d’une souscription. Si ce modèle est certainement peu pratique pour pour les romans puisqu’il est difficile d’investir sur une histoire qui n’est pas encore écrite (encore que cela existe dans la production filmique), cela peut être tout à fait profitable pour les livres pratiques ou qui doivent être écrits à plusieurs auteurs en partage de compétence. Dans ce modèle, l’auteur est rémunéré et sait à l’avance combien il est sur de recevoir à minima, il peut éventuellement encore percevoir des droits d’auteur selon les ventes. Dans ce contexte, le livre étant déjà financé, il est facile de concevoir que celui-ci soit disponible gratuitement ou à moindre coût, pouvant ainsi bénéficier plus facilement à tous les lecteurs indépendamment de leur ressources financières, sans discrimination. Le financeur lui-même verra son objectif rempli, peut avoir un droit de regard sur le contenu en tant que commanditaire et s’assure éventuellement une reconnaissance en tant que mécène.
                    Ce dernier modèle est celui qui est suivi par de nombreux groupements d’auteurs liés au logiciel libre. C’est le cas en particulier de Flossmanuals. Ce modèle mériterait certainement d’être mis en valeur. Il permet de rétablir un équilibre de la chaîne du livre en mettant au coeur l’auteur qui partage ses compétences et ses lecteurs, à la recherche d’informations et de plaisirs, au lieu, cas actuel, de profiter avant tout aux intermédiaires.

                    Appel à projet créatif sur la culture libre

                    • Anglais

                    Parallèlement aux campagnes menées par les gros joueurs de l’industrie culturelle pour lutter contre le piratage, un vaste mouvement d’artistes s’organise sur le Web depuis quelques années afin de défendre l’idée d’une culture libre. Au copyright ces artistes substituent le copyleft. Cet éloge du copyleft repose sur l’idée que le copyright a contraint la circulation des oeuvres pour des raisons strictement économiques. Les partisans de la culture libre défendent l’idée que la culture doit plutôt être distribuée par la communauté et à l’attention de toute la communauté. La culture libre c’est l’idée d’une culture en partage. Comment cette idée d’une culture libre s’organise-t-elle, quelles en sont les manifestations, les impacts? Nous vous invitons ainsi à soumettre un texte (article, reportage, chronique, entretien, étude de cas, etc.) ou bien un support multimédia (balado-diffusion, vidéo, audio, média sonore, animation, design, etc.) qui réponde au thème de l’art et la culture libre. Nous encourageons les contributions offrant du contenu média; notez bien que les auteures et artistes sont responsables de tous les droits d’auteur attachés à ce contenu. Les propositions doivent inclure un texte qui résume le projet (300 mots) et une biographie (100 mots). Les soumissions peuvent se faire en français ou en anglais. Compensation : de 100 $ à 175 $ (selon le nombre de soumissions acceptées) et un public à l’échelle mondiale de votre travail.

                    Veuillez envoyer vos soumissions à: revuedpi at gmail.com

                    http://dpi.studioxx.org/demo/?q=fr/no/21/Appel-soumission-dpi-22

                    Thématique : La culture libre

                    Remise des résumés de projets et bios: 23 septembre 2011
                    Remise des textes sélectionnés: 17 octobre 2011
                    Date de parution: Novembre 2011