Google, l’auteur absolu

    Malgré tous les efforts réalisés par de nombreuses communautés pour dénoncer les clauses abusives de certains services en ligne et malgré le discours toujours plus grandissant sur la propriété intellectuelle et le droit à l’image, il semble cependant que la réalité prenne une autre direction.

    En exemple encore les modifications apportées récemment aux conditions générales google que nous ferons suite à notre article publié il y a déjà presque 2 ans.

    Google analyse les contenus

    Alors que tout le monde s’offusque des pratiques de la NSA ou des renseignements généraux, Google inclus, il se pourrait bien que Google ait compris que cette indignation ne soit que de façade.  En effet, la licence mentionne maintenant clairement :

    Nos systèmes automatisés analysent vos contenus (y compris les e-mails)

    Brefs, si vous pensiez que Google ne pouvez pas tout lire et que vous pouviez dormir sur vos deux oreilles, vous voilà mal à l’aise. En effet, pour preuve, les charges matérielles de Google pour l’achat de serveurs sont toujours plus importantes, dans l’objectif bien sûr d’avoir de la marge de stockage mais aussi de la puissance d’analyse. Les investissements dans des produits domestiques comme robots ou même si cela fait rire, des détecteurs de fumée, en sont un autre exemple. J’ai comme l’impression qu’un loi passera bientôt obligeant chaque particulier à avoir un détecteur de fumée chez lui et que Google se proposera d’équiper gratuitement ou à peu de frais tous les appartements avec la clause : “tout ce que vous direz peut être utilisé contre vous” parce que les détecteurs de fumée seront évidemment équipés de détecteurs sonores et autres systémes de captures de l’environnement et seront tous en réseaux, vosu savez, les objets connectés, la domotique, le truc qui vous permet de fermez vos volets de votre travail, pour être sûr que le soleil d’hiver n’abîme pas vos meuble.

    Google posséde vos contenus autant que vous

    L’autre point habituel concerne donc la propriété. En France, toute personne est propriétaire de fait du contenu qu’elle produit. Ainsi, lorsque vous gribouillez un dessin sur une nappe de restaurant, vous en êtes immédiatement l’auteur officiel. Ce droit s’applique pour tout ce qui est faisable avec votre création. Rappelons que partant de là, les contenus sur le web ne sont pas réutilisables à moins que le site ne le mentionne expressément. Et pourtant Google vous oblige à lui céder vos droits sur vos créations :

    Lorsque vous importez, soumettez, stockez, envoyez ou recevez des contenus à ou à travers de nos Services, vous accordez à Google (et à toute personne travaillant avec Google) une licence, dans le monde entier, d’utilisation, d’hébergement, de stockage, de reproduction, de modification, de création d’œuvres dérivées (des traductions, des adaptations ou d’autres modifications destinées à améliorer le fonctionnement de vos contenus par le biais de nos Services), de communication, de publication, de représentation publique, d’affichage public ou de distribution publique desdits contenus. Les droits que vous accordez dans le cadre de cette licence sont limités à l’exploitation, la promotion ou à l’amélioration de nos Services, ou au développement de nouveaux Services.

    Ainsi, si vous êtes poètes et que vous envoyez votre merveilleux roman par votre compte gmail, google devient propriétaire de votre roman. Bref, la poste, à côté, c’est mignonnet. Vive le bon vieux papiers. Si vous vous dites que vous allez utilisez un autre services, ne vous inquiétez pas ils font tous ça, pour rappel la licence windows 8.

    Quoi qu’il en soit, comparons à ce que Google nous offre :

    Google vous concède, à titre gratuit, une licence personnelle, non-cessible, non-exclusive et pour le monde entier, d’utilisation du logiciel qui vous est fourni par Google dans le cadre des Services. Cette licence est exclusivement destinée à vous permettre d’utiliser et de bénéficier des Services fournis par Google, dans le respect des présentes Conditions d’Utilisation. Vous n’êtes pas autorisé à copier, modifier, distribuer, vendre ou louer une partie ou la totalité de nos Services ou des logiciels qui en font partie

    Cela me semble peu équitable? pas vous. Et la petite cerise :

    L’utilisation de logiciels Open Source est importante pour nous. Certains des logiciels utilisés par nos Services peuvent être proposés sous une licence Open Source que nous mettrons à votre disposition

    Logiciels libres qui justement défendent corps et âmes ma protection de la vie privée. Bref, on aime on utilise mais on ne pense pas comme eux.

    Le pire : les utilisations professionelles

    De nombreuses entreprises utilisent les services de google : gmail, gdocs. C’est purement aberrant: comment écrire des brevets en utilisant des outils dont la licence stipule que l’auteur du logiciel sera propriétaire du contenu. Comment écrire sa belle stratégie commerciale alors que Google est à l’écoute ?

    Mais enfin, parce que cela est facile à utiliser me dira-t-on. Certainement, Mais je n’ai jamais pensé qu’un clic à gauche était plus simple qu’un clic à droite, ou nous n’avons pas la même notion de la simplicité. Ce qui m’inquiète plus concerne la clause de non garantie :

    SAUF TEL QU’EXPRESSÉMENT PRÉVU PAR LES PRÉSENTES CONDITIONS D’UTILISATION OU DES CONDITIONS D’UTILISATION ADDITIONNELLES, NI GOOGLE, NI SES FOURNISSEURS OU DISTRIBUTEURS, NE FONT AUCUNE PROMESSE SPÉCIFIQUE CONCERNANT LES SERVICES. PAR EXEMPLE, NOUS NE NOUS ENGAGEONS AUCUNEMENT CONCERNANT LE CONTENU DES SERVICES, LES FONCTIONNALITÉS SPÉCIFIQUES DISPONIBLES PAR LE BIAIS DES SERVICES, LEUR FIABILITÉ, LEUR DISPONIBILITÉ OU LEUR ADÉQUATION À RÉPONDRE À VOS BESOINS. NOUS FOURNISSONS NOS SERVICES « EN L’ÉTAT ».

    Bref, votre dossier de dépot de brevet que vous avez envoyé à vos collègue peut par magie disparaître après envoi sans que vous ne puissiez rien faire. Mais faisons confiance à Google. D’ailleurs, vous n’aurez même pas le droit de portée plainte, ce qui est logique dans un pays démocratique.

    DANS LES LIMITES PERMISES PAR LA LOI, GOOGLE, SES FOURNISSEURS ET DISTRIBUTEURS, DÉCLINENT TOUTE RESPONSABILITÉ POUR LES PERTES DE BÉNÉFICES, DE REVENUS OU DE DONNÉES, OU LES DOMMAGES ET INTÉRÊTS INDIRECTS, SPÉCIAUX, CONSÉCUTIFS, EXEMPLAIRES OU PUNITIFS.

    enfin à la Microsoft,

    dégager de toute responsabilité Google, ses sociétés affiliées, ses agents et ses salariés et les garantir contre toute réclamation, poursuite ou action en justice

    La conclusion : la liberté contre la facilité

    Dans ces licences, il n’est pas un paragraphe favorable à l’utilisateur. Tout est tourné au bénéfice de l’entreprise. Rappelons cependant quelques simples faits :

    • un compte mail sécurisé chez un prestataire peut couter moins de 10 euros pas ans : combien cela vous couterait-il si vous deviez envoyer tout cela par la poste ?
    • des serveurs d’envoi courrier libres existent et sont installables facilement : ils permettent en grande partie de ce passer de ce genre de services malveillants.

    Enfin, il me semble important de garder des priorités saines dans nos usages. L’informatique et Internet doivent rester des outils compatibles avec l’idée que nous nous faisons de la liberté. Google nous vend, comme les médias que s’exprimer c’est être libre et que les dictatures privent les personnes de paroles. Certes. Mais la liberté ne saurait s’arrêter là. L’expression est une valeur nécessaire à la liberté mais ne saurait y être réduite, car la liberté va aussi avec justice et égalité lorsqu’elle est comprise dans un cadre social : la liberté de l’un s’arrête là où celle de l’autre commence, sachant que les deux ont les mêmes droits.

    De l’exploitation des droits d’auteur

      La croissance des chiffres de ventes de créations sur support numérique continue à poser question. Nous avons parlé du sujet du piratage qui attire une attention particulière.

      Un effet de bord, souvent moins visible pour le lecteur, apparaît cependant dans la façon dont les éditeurs et en général les ayants droit gèrent le “stock culturel”. Rappelons quelques points simples sur l’organisation de ce système en France.

      Droit d’auteur : limités dans le temps

      Une oeuvre est nécessairement associée à un auteur qui en a la responsabilité patrimoniale, et morale. La première permet à l’auteur de gagner sa vie avec son oeuvre, la seconde permet entre autre de pouvoir identifier l’auteur d’un propos pour l’encenser ou le poursuivre en justice.

      Les droits dont un auteur dispose sur son oeuvre sont limités dans le temps. Ce principe simple correspond à un compromis qui est trouvé entre la reconnaissance et la rémunération de la qualité du travail de l’auteur et la nécessité de permettre à tout citoyen d’accéder aux oeuvres, grandes ou petites, quelque soit leur niveau de revenu. Bref pour qu’il y ait une culture française, il faut que les français y aient accès. La durée de cette protection est actuellement de 70 ans après la mort de l’auteur. Elle peut varier selon les secteurs de création.

      C’est là que le premier problème apparaît : cette durée a régulièrement était augmentée, on pourrait même dire qu’elle a presque augmenter plus vite que la mort des auteurs eux-mêmes. Ainsi un auteur qui serait né en 1850 et qui aurait vécu 80 ans (mort 1930) serait tout juste tombé dans le domaine public (2000). Bref, un français sans le sou, n’a pas d’autre moyen que d’attendre au moins 100 ans avant de lire le livre de son contemporain. Bref, cela na que peu de chance d’arriver.

      Droits d’auteur : exceptions au droit

      De plus, on observe l’émission régulière d’exception à cette durée. En général, cette exception arrive en fin de protection de certaines oeuvre de manière à ce que les ayants droits bénéficient d’un répit, souvent suite à l’organisation d’un évènement exceptionnel. Par exemple, plusieurs oeuvres cinématographiques avaient bénéficier de cette protection pour le centenaire de la création du cinéma. Ces exceptions semblent aussi être de plus en plus régulière. Leur objectif est d’assurer des revenus aux ayants droits qui sont soit les héritiers directs de l’auteur ou une association ou entreprise qui en a la responsabilité. Cette durée, à l’origine faite pour assurer des revenus à un auteur par la protection de son travail contre l’exploitation abusive (par d’autres auteurs ou éditeurs), est maintenant tellement longue que les ayants droits n’ont souvent même pas connu l’auteur d’origine. Ce qui est un comble.

      Alors que la durée du droit est faite pour protéger l’auteur contre l’utilisation abusive et non autorisée de son travail, il reste cependant un droit de citation qui permet de reprendre une partie d’un ouvrage, en général dans le cadre d’un nouveau travail. Le droit de citation est essentiel à la diffusion des idées e à l’enrichissement des débats. Elle permet de dire “un tel a dit”, en le citant explicitant (en fournissant la référence de la source) et de dire ensuite, je pense que c’est idiot ou génial. Le droit de citation est un droit fondamental dont tout citoyen, mais aussi tout auteur bénéficie pour faire avancer son travail car le principe du droit reconnait qu’un auteur est l’image de son époque. Là encore, il s’agit d’un compromis.

      Mais un second problème majeur apparaît : quelle est la longueur de citation autorisée ? Il n’est pas rare de trouver une phase voir un paragraphe complet réutilisés dans un texte ou en musique, le sample permet de réutiliser des rythmes complets ou riffs. Une affaire récente rapportée par le nouvelobs rappelle malheureusement que le compromis n’est pas toujours le souhait de tous. Ici une simple vignette de Tintin est considérée comme une oeuvre en soit et il devient donc interdit de reproduire ne serait-ce qu’un petit bout du travail d’Hergé.

      Protéger les auteurs contre les auteurs

      L’argument régulièrement invoqué est la protection de l’auteur. Hergé, aurait-il été d’accord avec ce point de vue. Si c’était le cas, pourquoi n’a-t-il pas publié les vignettes une à une. Que doit-on définir comme oeuvre. Chaque mot écrit pas Zola doivent-ils être considérés comme une oeuvre ? Bref, il eut peut-être mieux valu qu’Hergé soit éternel pour la diffusion de son propre travail.

      Malheureusement ce cas n’est pas isolé et il nous semble que dans cette histoire, les ayants droits ont souvent la belle part : ils disposent de revenus conséquents dans la gestion des documents d’un auteur qu’ils n’ont peut-être pas connus, dont ils ne respectent peut-être pas la volonté, dans le seul but inavoué de faire perdurer leur propre statut confortable de parasite vivant par la succion du travail des auteurs, au détriment de ces derniers, mais aussi, bien sûr des utilisateurs, coupant définitivement les créateurs de leur public et contraignant à porter un regard juridique pluôt qu’affectif ou esthétique sur le travail. Dans les écoles, au lieu de parler de la musique, on parle de téléchargement; bientôt au lieu de lire les histoires on fera la liste de ce qui est autorisé ou pas avant même de commencer à lire. Cette juridiciarisation se fait bien sûr au détriment des plus faibles, en général les auteurs eux-mêmes, qui devaient pourtant être protégés par ce système. Un comble non ?

      Qui détient les droits après cette période ?

      Il reste cependant que les oeuvres, après cette durée de protection deviennent la propriété de tous. C’est ce qui fait qu’une oeuvre classique imprimée est sensiblement moins chère qu’une ouvre contemporaine : pas de frais d’auteur (en moyen 6 à 8% du prix). Tous les ouvrages étant enregistrés auprès de services compétents (par exemple la bibliothèque de France), ils y restent accessibles pour consultation et cela même s’ils ne sont plus commercialisés. Le rôle de préservation est donc essentiel pour la diffusion de la culture présente dans les temps futurs.

      Maintenant, voilà que mettre ses ouvrages à disposition à un coup et représente en soi un risque par la manipulation, pouvant entrainer la détérioration des supports. C’est ainsi que la BNF a commencé la numérisation des ressources pour le bien de tous. Si un jour vous souhaitez réutiliser une ressource numérisée par la BNF, sachez cependant qu’il vous faudra passer à la caisse. Une technique courante des détenteurs de droits consiste donc à créer de nouvelles éditions, nouveaux supports… d’oeuvres anciennes, pour s’assurer de continuer à profiter des oeuvres, au détriment des citoyens et des auteurs contemporains qui se trouvent encore une fois réduits à des porte-monnaie.

      S’il est évident que la BNF cherche une solution pour valoriser son travail de numérisation, il n’en reste pas moins que la préservation du compromis auteur-ayan droit-public est essentiel et que sans cela, c’est toute la culture qui risque de se détourner des instances en place. Bref, l’expression “exploitation des droits d’auteur” prend ici clairement tout son double sens et pourrait presque se résumer en “exploitation des auteurs”.

      S. Coleman : les idées appartiennent à tous

        Il n’est pas rare d’entendre des arguments du genre : “tout travail mérite salaire”. Un problème surgit lorsqu’une activité n’est pas nécessairement considéré comme un travail. Cette perception peut-être due soit au fait qu’il n’y a pas de visibilité sur la quantité d’effort fourni, en terme de temps (pas d’horaire fixe) ou en terme de compétence (je dessine, tu dessines, nous dessinons, vous dessinez…).

        Cependant lorsque votre vie consiste à produire du contenu non nécessaire à la vie. On voit bien que la charge du nécessaire diminue dans nos dépenses mensuelles : j’exclue bien sûr là-dedans, les téléphones, les voitures… parce qu’on peut réellement vivre sans. Finalement, même si l’industrie a réussi à faire considéré comme travail la création et production d’un bon nombre de produits inutiles, il y a des secteurs où la tension est plus forte. La musique, par exemple, n’a pas besoin de l’industrie musicale pour exister. Les auteurs d’écrits, autre exemple, n’ont pas besoin d’éditeurs pour écrire, éventuellement pour être plus visible.

        Dans les deux cas, les artistes doivent choisir ce qui peut être réalisé à partir de leurs oeuvres. En art comme ailleurs, on est toujours fils de son temps. La créativité d’un artiste est donc en général limitée, ou contextualisée diminuant de fait l’originalité propre de son apport, sans pourtant en réduire la valeur symbolique. On a tendance à entendre ici et là qu’il faut protéger les droits des auteurs. Mais contre qui ? Il est étonnant de voir que le droit d’auteur qui a principalement visé à renforcé le droit des auteurs face aux éditeurs (les industriels, david contre goliath) est maintenant le faire de lance des éditeurs qui affirment protéger les auteurs.

        Dans le logiciel libre, nous sommes depuis longtemps parti par un autre chemin et je suis toujours heureux de voir que cette voie peut aussi partagée par d’autres, et pas des moindres comme par exemple Steve Coleman.

        For the most part commercial development has inhibited growth by introducing concepts of ownership, exclusive or restrictive ideas, and the concept of paying for information which in many cases is available for free elsewhere

        Bref, gratuit ou pas, la mise en accès a au moins l’avantage d’instituer le fait que l’argent ne doit pas être une limite à la diffusion du savoir et de la création. Il y a donc un compromis à trouver entre le profit privé et le bien public :

        Giving some ideas and music away does not mean that all needs to be given away for free. (…) Overall I manage to make a living.

        Evidemment, tous les artistes ne sont pas dans cette situation favorable. Mais comme l’affirme Coleman, en faisant cela, on remet l’essentiel au centre : la musique, le concert, les rencontres et on dissocie la musique de son aspect industriel.Cela me semble valoir le coup d’être rappelé.

        à lire : http://www.m-base.com/give_away.html

        Privons les entreprises de nos vies privées libres

          Comme moi, vous avez peut-être remarqué comment ce week-end du 9 février 2014, un message de Google informait les internautes d’une condamnation de l’entreprise. Cette condamnation, si elle n’est pas injustifiée pose cependant des questions.

          Montrer du doigt

          La condamnation à 150 000 euros d’amende fait sourire s’il est mis en relation avec les bénéfices relatifs que l’entreprise à pu tirer des détournements d’informations pour laquelle elle est accusée. Cependant, le fait qu’elle ait pour obligation d’afficher cette information sur son site me questionne beaucoup plus.
          Trouverait-on normal qu’un accusé de vol ou autre doive se promener dans la rue avec un panneau indiquant la raison de sa condamnation. Pas sûr. La CNIL demande en quelque sorte à Google de sensibiliser ses clients à ses propres pratiques commerciales pourtant relativement bien expliquées dans des conditions d’utilisations que chaque utilisateur de produit Google doit accepter pour tout utilisation.

          Win_8_donnees_privees

          Finalement, Google n’est pas le seul alors pourquoi s’en prendre uniquement à lui ?

          Priver de droit

          Google ne prive pas les utilisateurs de leurs droits, juste qu’ils exploitent l’ignorance ou la fainéantise de ceux-ci. Chacun doit alors balayer devant sa porte. Il me semble qu’il y a bien pire par exemple dans le fait que Windows mentionne explicitement qu’un utilisateur se prive du droit de toute action collective en justice. Comment l’État français peut-il accepter qu’une entreprise prenne la place de de la réprésentation démocratique et de la justice. Cette clause devrait purement et simplement être supprimé et Windows 8 interdit tant qu’il n’est pas compatible avec la loi française qui autorise chaque citoyen à faire valoir ses droits.

          Win_8_renoncement_droits

          Je ne suis pas juriste, mais je trouve vraiment étonnant qu’une entreprise me demande de renoncer à mes droits. Je me demande même comment un État dit démocratique accepte que cela puisse exister sur son territoire. De mon point de vue, cette seule close devrait aboutir à une simple interdiction de windows 8 d’être vendue en France puisque sa licence n’est apparemment pas compatible avec le droit français, en tout cas pas avec l’esprit des lois qui sont justement là pour donner de la force à ceux qui en ont le moins.

          Enseigner l’informatique

          Le vrai problème git donc dans la licence d’utilisation qui est le contrat liant l’entreprise à ses utilisateurs. On objectera que ces contrats sont longs, techniques et qu’il est difficile d’en comprendre les implications et que de plus ils sont différents à chaque fois. C’est parfois le cas, mais pas toujours. Il me semble qu’il s’agit d’un problème d’éducation général : ne voir dans l’informatique que la consommation d’outils ou de services ne permet de comprendre les implications. En faisant de chacun des créateurs de l’informatique dès que l’âge le permet, les utilisateurs gagneraient en compréhension, en compétences et en force de sensibilisation et de réaction. En ayant fait le choix de la consommation (ou de la sensibilisation qui est juste une forme critique de la consommation), le système éducatif prive les jeunes de maîtriser leur environnement qui est de plus en plus technique au point qu’ils ne souhaitent même plus savoir comment cela s’impose à eux.

          Connaître l’informatique évite d’être dépendant des discours des techniciens informatiques, en se mettant à leur niveau comme la sensibilisation politique doit faire de tout citoyen des participants démocratiques éclairés. Sans cet effort, le risque est que la dictature vienne de nos instruments et que nous envahissants peu à peu, ils nous coincent progressivement dans des positions dominées.

          Une solution simple : les logiciels libres

          Nous sommes restés sur notre échec de LOGO alors que tout a évolué autour. Il existe portant des exemples dans d’autres pays qui ont pris d’autres voies. Il est difficile pour moi de dire si leur pratique a globalement mieux fonctionné. Nous pouvons cependant d’emblée rappeler qu’il existe des solutions alternatives à presque tous les produits commerciaux qui baffouent les libertés de utilisateurs et que ces alternatives se nomment logiciels libres :

          • Ceux-ci sont en général de quelques licences d’utilisation majoritaires (GPL, BSD, MIT, Apache), il n’y a donc pas à lire la licence pour chaque logiciels
          • Les conditions sont claires : en général, le logiciel est fourni sans garanti, mais l’utilisateurs garde tous les droits sur ces données, mais aussi sur le logiciel lui-même
          • Les logiciels sont en général le résultat de groupes (d’individus, d’associations ou d’entreprises) ce qui garantit leur qualité et pérennité à long terme et leur neutralité
          • Enfin, preuve de leur qualité, beaucoup de logiciels privateurs (soyons brefs en disant commerciaux) reposent sur des logiciels libres (il suffit de regarder les mentions de produits Adobe, pourtant chantre de de la privatisation des données avec des serveurs DRM, pour voir la quantité de produits libres d’une licence ou d’une autre qu’ils réutilisent, produits qui justement refusent les DRM…).

          Rien n’est facile, finalement. La CNIL essaie de se donner de la visibilité en tapant ici et là, mais ce n’est pas la solution absolue. C’est tout l’écosystème qu’il faut améliorer pour éviter toute les dérives.

          Blender et RepRap

            Foldarap

            Foldarap présentée à Chemillé

            Le monde de l’impression 3D et des reprap avance aussi vite que Blender. Mais il donne à la 3D un côté tangent, matériel, qui lui manquait actuellement. Un grande partie des personnes rencontrées, voire même des élus aux questions numériques ou technologiques, se demande à quoi cela peut servir.

            Impression 3D : un enjeu éducatif ?

            On avance souvent l’argument éducatif, l’apprentissage de technologie complexes avec des moyens simples, mise en oeuvre des notions vues à l’école, démocratisation et démystification scientifique. Et pourtant il se pourrait que l’enjeu soit réellement ailleurs. Peu de personnes imagine encore qu’elle pourrait se passer d’aller chez IKEA acheter se verres en plastique !! Et pourtant qui aurait pensé il y a 20 ans que l’on aurait tous voulu une imprimante papier, qui plus est couleur, chez nous. La première imprimante que je me suis achetée, grand public, était une EPSON qui coûtait la bagatelle de 2500 francs, soit 380 euros environs. Maintenant les mêmes choses sont vendues moins de 50 euros, on imprime tous nos lettres, nos photos… De la même façon, le prix des imprimantes 3D baisse (on est à l’heure actuelle autour de 500 euros) et avec l’engouement, il y a de grandes chances que cela continue. Dans le même temps, la qualité de résultat augmente et la facilité d’utilisation augmente.

            RepRap : un enjeu de société

            Je vois que bientôt, nous aurons sur nos étagères des bobines que nous utiliserons pour nos verres, nos bijoux, nos jeux et que nous n’aurons qu’à télécharger un plan et à l’envoyer, évitant ainsi des files d’attentes dans des magasins aux présentations standardisées et bien pensées. Au-delà des objets fabriqués, j’y vois une sorte de retour de prise en main de l’environnement familial et des outils quotidiens qui n’en ai certainement qu’à ces balbutiements. Ce même chemin parcouru avec les imprimantes jet d’encres et laser, ce chemin parcouru aussi par les logiciels libres…

            Après avoir formé en masse des ingénieurs et éduqués, et que ces personnes éduquées aient été tout aussi massivement refoulée par un monde professionnel clos, pourtant montré comme moyen d’intégration optimal, ou que ces personnes aient un besoin de reprise en main de leur destinée suite aux diverses pressions qu’ils subissent, y compris de ne pas utiliser leurs compétences en dehors de leur emploi,  il n’est pas étonnant de voir tant de personnes mettre à profit leurs connaissances et les mettre en oeuvres dans leurs vies et activités quotidiennes qui prennent d’autant plus d’ampleur qu’elles sont partagées. Alors à quand une fonction “Imprimer 3D” dans nos ordinateurs ?

            BD au format epub

              Colorisation de BD avec Gimp

              Colorisation de Cédric Gémy, epubifié

              Après la mise en place de nos formations epub, voici de petites contributions. La première est cette colorisationd’une BD de badani sur le site Diogene.ch sous licence CC By SA. Nous avons ici simplement fait une colorisation rapide du document initial au trait et epubifié l’ensemble de 10 planches.

              C’est la merde pour Bunny est une BD à télécharger au format epub.

              Définir l’art sans licencier les artistes

                Une participation récente à un débat sur l’art et le libre poursuivi d’une discusion régulière avec une chère amie me fait ressentir le besoin de repasser à la définition d’un mot dont l’utilisation se veut croissante, au point de ne parfois plus rien signifier et éventuellement revoir ce que nous avons déjà exprimé à ce sujet. Je veux parler ici du mot art et de son corrélat artiste.

                l’art commun

                En effet, depuis peu, tout est art et tout le monde est artiste. Et il me semble que le débat sur la propriété intellectuelle dont les amateurs de logiciels libres sont friands, prend trop peu en compte la spécificité de l’art, ou plutôt les différentes façons comprendre ce qu’il est.

                Pris dans un sens presque quotidien, on parlera d’art pour tout ce qui a trait à :

                • une pratique poussée au maximum, lui donnant un caractère exceptionnel : “ahh, ce surfeur est un artiste !!”
                • une pratique issue d’une pratique d’un art reconnu : musique, peinture…
                • on dira même “l’art et la manière”, confondant d’une certaine façon l’art avec le style, soit une variation qualitative de pratique dans une contexte donné
                • quelque chose qui est joli ou design comme un meuble IKEA, parce qu’il y a une recherche de plaisir graphique
                • quelque chose qui est moche, parce qu’à part un artiste tordu qui en voudrait ?

                La confusion vient certainement de la spécialisation dans laquelle les artistes se sont inscrits progressivement, employant des termes aussi fondamentaux dans un sens dérivés du sens commun. En regardant l’étymologie comme on le fait souvent, art définira tout ce qui n’est pas naturel. Mais dans ce cas, qu’est-ce qui différencie l’artefact de l’oeuvre d’art ?

                L’art sui generis

                Mais qu’est-ce qui différencie qu’une merde d’artiste soit une oeuvre d’art, et que ma propre n’en soit pas (si si j’ai vérifié sous huissier, sur la tête de ma mère) ? La question semble idiote mais s’en trouve bien centrale. Ce n’est pas (seulement) ce qui est produit qui défini l’art. Ce n’est non plus parce qu’il y a recherche créative que le mot art devrait être accolé systématiquement. L’art a même travaillé à son effacement dans les pratiques éphèméres dès les années 1950 et peut-être même 20.

                Risquons la simplification à l’extrême :

                Comme la charcuterie est l'oeuvre du charcutier
                L'art est l'oeuvre de l'artiste

                et maintenant :

                Comme est charcutier celui qui fait de la charcuterie
                Est artiste celui qui fait de l'art (pas du lard, merci)

                Qu’est-ce à dire ? l’art c’est comme la charcuterie, pas la boucherie. Le charcutier s’occupe de porc, pas de boeuf ni de cheval ou d’oie. Le métier se définit par la matière premiere (origine animale, mais on a la même chose avec les de nombreux métiers) et l’objectif (faire des produits alimentaires). Peut prétendre à être artiste celui dont l’art est la métière première. L’art est une discipline en soi et pour soi, comme la musique en est une, comme la peinture en est une… l’art peut s’exprimer par de la musique, mais toute musique, même de très bonne qualité, n’est pas art. Il y a, au-delà des problèmes de goût et de qualité, un problème d’intentionnalité et de démonstration de cette intentionnalité.

                Fait donc art, l’oeuvre qui se pose comme exprimant son appartenance à la tradition de l’art et revendiquant d’abriter en son sein une forme de représentation de cette appartenance. L’expression de l’art, l’oeuvre, ne saurait donc en général être liée à une pratique particulière, mais devra varier selon les besoins intrinséques nécessitant l’expression de cette appartenance selon le contexte de cette expression. Il y a, dans la pratique de l’artiste, une position epistémologique indéniable qui lui donne se caractère si particulier. Le produit de travail de l’artiste est oeuvre d’art, parce que l’artefact, est un produit fini, il est fait. l’art, lui, n’est jamais fait. L’oeuvre reste toujours à l’oeuvre et elle n’est en elle-même qu’un passage dans l’espace et le voyage epistémologique de l’artiste.

                Que l’oeuvre, ou l’artiste, soient reconnus, il s’agit là d’une autre discussion. Et les circuits de validation restent tortueux.

                L’art sans jugement

                Ce qui est surprenant, c’est que le sens commun refuse cette acception mais aussi toute l’évolution de l’art qui y conduit. L’artiste est apparu de sa séparation du monde de l’artisanat en revendiquant une science de l’art et la participation de l’artiste à l’avancée des connaissances et de l’abstraction (perspective) et éventuellement par le refus de se limiter à une seule pratique (Leonard de vinci ou Michel-Ange étaient peintre, sculpteur, dessinateurs, poetes, chercheurs…).

                Parler du musicien qui gratte sa guitare (moi) comme d’un artiste exprime un refus de cette évolution : elle enferme à nouveau la personne dans sa pratique et en réduit la liberté d’expression à un simple moyen clos. Pour échapper à cette réduction, on tente le jeu du mélange des arts : son(musique)+video, danse+orchestre, danse+video, théâtre+musique…tout y passe, mais tout a déjà été fait. La danse+orchestre, cela s’appelait le ballet. Le son+video cela s’appelait l’opéra… Avec juste des technologies différentes.

                Il est souvent amusant de voir dans un musée s’extasier les visiteurs devant de jolies toiles du XVI° ou XVII° représentant des scènes mythologiques ou des bouquets floraux. Et d’entendre dire “au moins à l’époque, ils représentaient vraiement les choses, et ils savaient y faire”. Alors même que la composition du tableau est imprégnées de code représentatifs et symboliques qui nous devenus difficiles car éloignées. Que signifie telles fleurs ici ? ou encore telle personne qui porte une tête dans un plat ? Ces artistes là aussi étaient à la recherche d’une expression derrière les apparences, et il reste étonnant que les spectateurs dénigrent justement les formes d’art qui montrent de façon brute la réalité plastique à ceux qui justifie de la chercher. L’art sans jugement, n’est pas un art sans avis, c’est un art dont l’appréciation n’est plus justifiée, c’est un art qui se passe des mots, comme si l’art n’était que pure sensation, que pure technique, ou pure esthétisme.

                Si cela n’enlève rien aux innovations et au travail des praticiens actuels, le signe des temps est que la définition de l’art pourrait perdre son fondement, et que l’aura dans lequel il a baigné et qui a fait qu’il a été si attractif va peut-être finir par le noyer. De toutes façons, Nietsche avait déjà dit que l’art était mort, alors que faisons nous ?

                De la gratuité numérique – 1 : l’engagement personnel

                  Depuis quelques années, on entend publiquement un dénigrement des utilisateurs d’internet, et cela a conduit à des lois tentant de réprimer certains comportements. Des analystes et à leur suite, les journalistes, les politiques et finalement, le commun des mortels ont répandu l’idée que le web développait le souhait de l’acquisition gratuite. Plusieurs tentatives sérieuses ont pourtant tenté de tempérer cet adage, mais comme tous les adages, il a la vie dure.

                  La gratuité fait partie des échanges depuis longtemps

                  La gratuité fait partie des échanges depuis fort longtemps et doit certainement être considéré comme un élément fondamental de tout échange en société.
                  L’un des exemple frappant de ce type d’échange réside dans le cadeau (intéressemment nommé gift en anglais, étymologiquement liés à given). Aussi lorsque l’on offre des cadeaux à ces enfants, ils les reçoivent gratuitement, sans que cela ne choque quiconque. Mais cela est aussi vrai avec tout notre entourage affectif : la famille, les amis…mais pas seulement.

                  Le cercle social restreint

                  Si le cadeau, ou le don simple, est une forme essentielle de l’action éducative qui en peut être remise en question (il serait choquant qu’un parent se fasse payer pour l’éducation de ces enfants et surtout que ce soit l’enfant qui paie son éducation), ce type d’échange peut facilement être étendu à un cercle plus large que le cercle strictement familial.

                  Le réseau amical, même si on considère qu’il a tendance à s’effriter, repose sur le partage réciproque d’intérêts, fussent-ils futiles. Il conduit parfois à une sorte de complexe d’entr’aide non monnayé : je peux aider un ami à bricoler, je peux aider un ami à réparer son ordinateur et à réaliser une tâche informatique et cela est par ailleurs une tâche pour laquelle je serai rémunéré. Dans ce cas, je suis seul décideur de la valeur de mon temps et de mes compétences. Elles peuvent être vendues, cédées ou données. Lorsque cette tâche est effectuée en faveur d’un ami, je considère cela comme une action non commerciale du fait de plusieurs critères : proximité affective de la personne destinataire, contexte d’utilisation (familial), importance de la tâche, complexité de la tâche, pression mise à sa réussite… Ce faisant, je me prive moi-même d’un revenu potentiel, voire j’en prive aussi les concurrents, ce qui conduit donc à fausser les lois du marché du travail et commercial. Nous pourrions inclure dans ces actions l’ensemble des grands-parents qui gardent leur petits-enfants et qui font de fait une prestation gratuite de garde à domicile ou arrangée.

                  Jusqu’ici nous bloquons les exemples sur la concurrence à la prestation de service, mais cela est aussi extensible au domaine des biens. Il n’est pas rare d’engager entre ami des prêt d’objets au risque de la perte ou de la destruction de ces objets. C’est le cas d’outils, du co-voiturage, de livres (alors que les livres numériques ne peuvent l’être). Le don d’objet qui ont fait leur utilité est même une coutume répandu : don de vêtement d’enfants à des amis qui viennent d’en avoir… alors que ces vêtements pourraient être revendus dans des réseaux spécialisés. Cela ne sont que des exemples, mais chacun s’y reconnaîtra quelque part.

                  Dans ces “cadeaux”, le donneur n’attend rien en retour hormis la préservation du statut amical et sa réciprocité (éventuellement la preuve de sa réciprocité) : donner des vêtements peut même être un simple souhait de s’en débarrasser. Mais cela n’enlève rien au fait que le choix de recourir à la gratuité n’est pas anodin.  Le principe de l’échange est simple : je connais quelqu’un qui a un besoin, j’ai les moyens de combler ce besoin; je vais donc le combler (dans les deux sens du terme : le besoin et la personne). La confiance que j’établis dans cette personne me permet d’en tirer un bénéfice personnel (reconnaissance, préservation de lien social, attente d’un retour au moment opportun…) et marque la réciprocité de la relation, son interdépendance. Si Hegel y voyait une dialectique de pouvoir, on peut aussi y voir une sorte d’univocité : la dialectique n’apparaît qu’en cas de conflit, en cas de non réciprocité qui agit comme un refus de la relation qui se doit d’être bi-directionnelle. Dans certains société (cf Mauss) c’est même celui qui donne le plus qui est le plus haut placé.

                  Il apparaît qu’il y a dans le don effectué la réponse à une forme de responsabilité : cela est évident dans le cas des enfants, car le parent a la responsabilité de l’ “élevage” (pas seulement l’éducation, mais aussi tous les besoins matériels qui vont avec ce que l’on a tendance à oublier tellement c’est évident). Mais la responsabilité est aussi réelle dans les autres cas : j’incite un ami à passer à tel logiciel, je devrai par la suite l’aider sur ce logiciel. Je le conseille sur tel ou tel produit je porte une forme devoir que le choix soit justifié et qu’il convienne. Dans tous les, en partant de cette première analyse, il va être facile de chiffrer la valeur des échanges gratuits ayant lieu dans ce contexte. Si on estime chaque personne ou presque a un enfant, 100% de la population donne, au moins 50% reçoit (dans un contexte d’environ 2 enfants par femme). On peut extrapoler en admettant donc que le parent donne 50% de son avoir à ses enfants et que cette proportion peut servir de base à une évaluation de la valeur de l’échange gratuit. Encore ce chiffre ignore-t-il la valeur inestimable de l’acte éducatif lui-même !

                  Le cercle social généralisé

                  L’échange gratuit ne s’applique qu’au domaine individuel familial, il en sort très régulièrement voire même de façon quasi généralisée. Je veux ici parler du secteur associatif. En France des études gouvernementales font mention de 10 millions de bénévoles dans le pays, soit environ 15% de la population. Si l’activité des bénévoles est difficile a évaluée, parce qu’elle est disparate selon les personnes et les secteurs il n’en reste pas moins que ce chiffre est impressionnant.  Certains associations tellement imposantes fonctionnent comme de vraies entreprises (ce qui pose un problème éthique et légal) et doivent avoir recours au salariat (172000), mais la majorité fonctionne selon sur le bénévolat (928000). Il est de coutume de dire que les actions comblent des besoins non solvable dans un système concurrentiel, ce qui justifie leur soutien par les collectivités. Le budget global de fonctionnement est estimé à 59 milliards d’euros, ce qui n’est évidemment pas rien et provient à 34% de subventions. 2/3 de cette somme provient donc de l’activité réelle de l’association et de la valorisation de son activité auprès de financeurs individuels ou sociétaires.

                   Il va cependant être beaucoup plus intéressant de s’intéresser aux bénéfices globaux apportés par les activités bénévoles des associations. Le rapport mentionne :
                  Le poids économique des associations a augmenté entre 1999 et 2005 de 15 %, soit une augmentation annuelle de près de 2,5 % en volume, supérieure à celle du PIB sur la période.

                  Ce rapport ne mentionne pas les sources exactement mais la difficulté réside dans le chiffrage d’action non monnayée, d’en trouver la valeur réelle. Le Conseil économique et social définit le bénévole comme :

                  toute personne qui s’engage librement pour mener une action non salariée en direction d’autrui, en dehors de son temps professionnel et familial

                  le temps professionnel étant considéré comme ayant sa valeur propre, et le temps familial comme n’en n’ayant pas (car il est implicite qu’il y ait responsabilité et échange dans ce cadre). La question se pose donc tout particulièrement lorsque que la gratuité (remarquons que la définition parle savamment d’engagement libre et pas de valorisation économique) est assumée dans des cadres non contraints ni restreints.

                  Poids économique de l’échange à titre gratuit

                  Les associations ont pourtant un rôle économique non négligeable. Parlons simplement des associations sportives qui condensent plus d’un tiers des adhésions :

                  1. elles ont un rôle social et éducatif : transmission de valeur (le plus fort gagne), être en équipe (assumer le résultat ensemble), accepter sa place dans l’équipe (sur le banc, buteur…). Ce critère est difficilement quantifiable, mais constitue certainement le plus marquant et a une valeur inestimable au niveau social.
                  2. elles ont un rôle familial : le temps sportif apparaît pour de nombreux parents comme une méthode de garde à moindre cout. Une année sportive coutera environ 200 euros pour une 20 semaines contre environ 17 euros l’heure de garde personnalisée à domicile. Le parent qui doit travailler ou qui veut se donner du temps aura donc régulièrement recours aux activités associatives (souvent sportives ou créatives) pour équilibrer son budget. L’activité sportive occupe de une heure à presque une demie-journée (si on compte les déplacements des matchs…). Si on part sur cette moyenne de 3h par semaine, valorisée à 17 euros (51) rapportées à la différence au cout d’adhésion (200/20=10), soit 41 euros par semaine soit une valeur économique réelle de 41*20 = 820 a multiplier par le nombre de personne (je n’ai pas trouver de chiffres mais on voir tout de suite le rapport qui peut atteindre plusieurs milliards).
                  3. les effets de l’activité associative ont un impact industriel non négligeable : achat de produits nécessaires (chaussures, …), déplacements (match, concours, expositions…). Surtout, l’association est le socle sur lequel repose la partie professionnelle de l’activité (matchs payants, produits dérivés, …) sur lesquels parient de nombreuses collectivités en terme d’image et retombées (en particulier touristiques : matchs réguliers, coupes locales, nationales, coupes du monde, jeux olympiques…). De ce point de vue, la valorisation en terme économique de l’impact “publicitaire” de l’action associative est sans commune mesure.

                  Prenons un cas moins important : Flossmanuals est une association qui a pour but de mettre à disposition des manuels libres (et gratuits en téléchargement) sur des logiciels libres. Flossmanuals a participer à l’écriture de manuels qui ne trouvaient place dans le secteur commercial de l’édition (Open Street Map, Fontes Libres, …). Un manuel comme Fontes libres, téléchargé à environ 100 exemplaires par semaine depuis 6 mois (30 semaines) produit un taux d’échange de 3000 ouvrages qui valorisé à une moyenne de 15 euros l’ouvrage représente 45 000 euros. Cela sans compter évidemment les copies indépendante des téléchargements, redistributions individuelles entre amis ou institutionnelles comme l’Organisation Internationale de la Francophonie (par ailleurs financeur de certains manuels) a pu le faire. FlossManuals Fr est une association sans salarié dont le budget gravite autour de 0 € mais dont les produits peuvent être valorisés à environ 1/2 million d’euro à l’année s’ils sont rapportés à des équivalents commerciaux.

                  L’impact économique de l’association est sensible a différents niveaux est semble donc largement sous-évalué. Les dossiers mis à disposition sur le site gouvernemental évaluent à souhait le ratio adhésion (apports privés) / subventions (apports publiques), mais s’intéressent peu à la valorisation du temps donné par les bénévoles, ce qui fausse évidemment la donne dans l’appréciation du coût. Donc est donc fait comme-ci le caractère gratuit (ou non-marchand) n’avait pas de valeur intrinsèque.

                  La gratuité diffuse

                  Que la gratuité soit institutionnellement forte (famille), ou organisée légalement (association), ne constituent cependant pas les seuls domaine de gratuité d’action. Puisque tout doit avoir une valeur (et oui, garder les enfants à une valeur par exemple, ou garder une maison), tous les actes quotidiens peuvent entrer dans cette catégorie. Poussons donc le bouchon un peu loin pour revenir à quelque chose de raisonnable. Lorsque je cuisine, je fais acte de cuisinier et peu valoriser cette expérience. Lorsque je dors, j’ai une activité récupératrice (qui me permet de mieux travailler le lendemain) et destructrice (j’abime mon lit, mon matelas, mon pyjama, mon réveil…) qui sont autant d’activités créatrices de valeur. Lorsque j’aide mon vieux voisin à se relever, j’ai aussi une activité sociale simple qui peut être valorisée économiquement en assistance à la personne. Me verrai-t-on pourtant interdire d’aider mon voisin pour protéger le marché des professionnels de l’aide à la personne ? m’interdire de cuisiner ou de dormir pour protéger les restaurants et les hôtels ou autres ??

                  Nous reviendrons ultérieurement sur ces points mais à tout valoriser économiquement, on perd le sens réel des actes quotidiens, on individualise la proposition, alors que le gain social serait à favoriser. Prenons maintenant un exemple non comportemental mais productif. Certains logiciels libres sont produits par des bénévoles, en dehors de tout contexte familiale ou associatif. Scribus en est un exemple. Scribus est un logiciel perfectible qui s’améliore au quotidien grâce au temps et compétences mises en oeuvre par les contributeurs qui sont peu nombreux (une dizaine). On peut critiquer le logiciel, ce n’est pas le but de cet article que de le défendre (pour cela, parcourez d’autres pages de ce site :-) ).  Scribus est énormément utilisé dans le milieu associatif et dans les collectivités, il y fait peu à peu sa place. Il permet ainsi d’améliorer la communication de toutes ces structures et elles développent ainsi leur activités ou la transparence de leur décisions. Scribus a été pris en main par de nombreux éditeurs, en particulier en Afrique francophone, participant ainsi au processus d’alphabétisation qui étaient auparavant plus lents, délocalisés et moins efficaces. Il donne une liberté et une autonomie aux utilisateurs qui l’ont adopté abandonnant les logiciels privateurs équivalents. Si nous tentons d’évaluer l’impact économique de Scribus à terme, il est fort à parier qu’ils sera de plusieurs milliards d’euros en effet directs et indirects (chaque bénévole à donc une valeur énorme, même économiquement parlant). Juger l’action d’une action ou production gratuite à la seule vue de ce qu’elle coute en concurrence est un jugement restrictif. Comme se baser sur ces défauts seul est un jugement restrictif. Il peut être plus intéressant de s’intéresser aux effets positifs qu’aux effets négatifs, en particulier lorsque les gains ne se situent pas qu’au niveau économique, mais dans des niveaux moins identifiables tels que la liberté. Le principe de base du développement du logiciel libre repose sur les efforts et bénéfices partager : chaque apport (qu’il soit financé ou non) n’est payé qu’une fois et immédiatement disponible pour tous sans surcoût. Il n’y a pas de logique d’exclusivité qui organise la vente en grand nombre d’une action déjà payée. Le gain social est donc incommensurable même si l’intérêt économique direct est faible.

                  L’échange gratuit, non seulement remplit un rôle social, mais favorise les échanges inter-individuels, préservent les tissus sociaux et économiques existants. Reprenons nos deux exemples :

                  • peu de parents pourraient payer une garde à prix coûtant sans mettre en danger le budget familial
                  • peu d’éditeur peuvent prendre le risque d’opéré un transfert de connaissance sur un sujet peu répandu et pointu, alors que l’audience peut par ailleurs exister, malgré son manque de solvabilité
                  • peu d’éditeur de logiciel s’intéresse aux marchés en devenir avant que leur devenir ne soit éclairci.

                  Qu’il s’agisse d’organisationnel ou de montée en compétence, la gratuité (ou quasi) n’est pas remplaçable. Tous les chiffres donnés ici le sont à titre démonstratif et n’ont aucun fondement statistique. Ils montrent cependant l’ampleur potentiel du problème et à quel point tout discours négatif à l’égard de la gratuité devrait être réévaluer en fonction des impacts socio-économiques complets et pas seulement sectoriels.

                   

                  Fantasmes et projets

                    De retour du LGRU, et après avoir passé quelques jours avec de formidables personnes et rediscuté de projets commun avec certains, un point m’est encore apparu et il est temps que je m’applique à l’éclaircir (au moins à mes yeux) : nous avons tous des fantasmes et des projets, essayons de faire coïncider les deux, mais en y arrivant rarement.

                    On me rétorquera que c’est normal. La définition de wikipedia sur le fantasme comme ” fixation mentale ou une croyance irraisonnée pouvant, dans certains cas, conduire à des actes excessifs” permet bien de pointer le caractère quasi-irréalisable et de l’excès qui découle de ces fantasmes. Mais quels sont-ils ?

                    Il va évidemment être difficile de parler pour tout le monde mais il me semble que certaisn sont partagés au moins à titre social. Citons par exemple, le fantasme d’une communication absolue entre l’homme et la machine dont les interfaces sont le résultat. Citons le fantasme d’une communauté large et libre dans laquelle l’individu peut se noyer en toute confiance. Le fantasme que les mondes virtuels sont parfaits. Le fantasme de créer de projets libres, bref que chacun soit initiateur ou développeur de quelque chose.

                    Evidemment on comprendra rapidement la transition. En apercevant la couverture de “Nouvel esprit du capitalisme” de L. Boltanski et E. Chiapello, que j’ai parcouru il y a bien longtemps, il m’a semblé à ce point étrange que tant fantasme cherchent à advenir et se transforment ainsi en projet. Evidemment, il est beau de rêver, et c’est même le rêve qui fait souvent bien avancer les choses, mais une telle ampleur me surprend. Car il y a des différences  de nature qui ne vous auront peut-être pas laissés indifférents :

                    • le fantasme est avant tout pour soi mais en soi, difficile à partager à cause de formes d’auto-censures; le projet inclut souvent la mise en mouvement d’une équipe ou induit la relation à d’autres, car le projet est “pour”, une façon de sortir de soi.
                    • le fantasme est une pensée plus ou moins contrôlée ; le projet est une mise en oeuvre, une organisation plus ou moins prise mais toujours consciente de la situation
                    • le fantasme par de soi, seulement de soi ;  le projet peut être détache de moi et m’y rattacher par raison
                    • l’origine du fanstasme est floue est difficile à expliciter ; l’origine d’un projet peut être calculée dans le temps à l’aide d’indices et le projet lui-même peut naître de l’analyse consciente d’un contexte, en projet d’opportunité
                    • les fantasmes ne s’excluent pas car l’espace fantasmatique n’est pas limité alors que l’espace du projet est limité par la réalité matérielle.

                    On pourrait continuer mais on voit déjà le problème qui se pose dans le passage du fantasme au projet. Comment assurer le passage de l’individuel au groupe ? Comment trouver le moyen de partager un fantasme pour trouver des tiers ? Comment assurer que chaque tiers participant y retrouvera la même capacité de réalisation de son fantasme alors que les initiateurs garde souvent la main sur la vision et l’orientation du projet ? Comment assurer que personne ne restera sur la paille alors que les fantasmes initiaux à la réalisation du projet ont une forme égoïste ? Comment aussi arriver à éviter les conflits qui peuvent être inhérents au projet et à sa rationalisation qui engage l’individu alors même que le fantasme ne se pose même pas la question d’advenir à l’existence ?

                    Evidemment je pose beaucoup de question et donne peu de réponse. Mais à l’heure où de les logiciels libres se répandent, mais où le nombre de développeur semble peu augmenter, où un certain nombre de projets phare peuvent s’essouffler, qu’en est-il des possibilité de réinjecter du fantasme dans des équipes prises par les projets à la fois individuels et sociaux ? L’histoire des logiciels libres a montré de nombreux types d’évolution :

                    • le noyau linux est un fantasme bien partagé qui a bien fait le saut du projet ; mais pas HURD
                    • des personnes ont débuté seules des projets et les projets sont morts faute de trouver écho
                    • des personnes ont débuté les projets et ceux-ci ont forkés pour créer le leur car finalement les souhaits étaient un peu différents

                    Ainsi de nombreux logiciels sont développés en très petits groupe. Le passage de 0 à 1 semble se faire assez naturellement. Reste le passage de la publicité et du couplage. Enfin, le cap suivant inclus une réelle distanciation, un vrai “nous” qui rend plus difficile la préservation de l’aspect fantasmatique. La confrontation au nombre devient un obstacle certain par le simple fait qu’il devient difficile de coordonner les fantasmes et des projets pour assurer leur bonne équité.

                    D’où tout ces rêves de personnes qui prennent le modèle des communautés en ligne et qui aimeraient créer la leur, comme une forme de toute puissante, d’être à l’origine de la fusion absolue des êtres. Mais ces rêves sont souvent bien pauvres car ils ne sont que le miroir de celui des autres auxquels ils risquent donc de se confronter. Etonnant donc que le fait d’être similaire soit un obstacle au même point que d’être différents. Ces rêves sont aussi largement cassés lorsque le contrat moral et tacite des contributeurs est baffouer par le risque de prise en main de certains. D’où, peut-être, la défiance permanente dans les personnes trop fortes, et, éventuellement  dans certains milieux, de l’inclusion d’éléments étrangers (comme des entreprises au milieu de bénévoles) qui n’auraient justement qu’une vision projet et pas fantasmatique.

                    Jusqu’ici nous sommes passé au-delà de tout cela. Mais Java, Mysql, OpenOffice sont des projets qui risquent de souffrir de l’augmentation de la dimension projet. Lorsque tout devient projet, et que tout doit l’être, la force ne sera-t-elle pas dans la vivacité des petits groupes renaissants qui évoluent au gré des fantasmes et des rencontres, en acceptant que certains partent, créent ou reviennent ?

                    pas laissés indéffi

                    LGRU Clos

                      LGRU Bruxelles

                      LGRU Bruxelles, quelques projets

                      La session de travail LGRU est arrivée à terme et la collaboration a été productive : plus d’une centaine de travaux ont été produits en 3 jours dans un esprit positif de partage et dans la volonté de faire avancer la corrélation entre les outils et les pratiques créatives. Voici ici, notre sélection de documents :
                      - un script de Cédric permettant d’apprécier l’action d’un logiciel sur la génération automatique de blancs : Scribus whiteSpace générator (PDF + Fonte)
                      - impliedSpaces un script sympathique de Ricardo qui remplace la valeur de séparation des blancs par l’action d’une valeur de couleur dans le texte, joli et utile si on considère que l’on pourrait économiser beaucoup de papier en utilisant une telle technique
                      - A la recherche des contours lors de l’atelier SVG from scratch, on aurait pu dire SVG sans ordi, finalement
                      - Croquis fontes et édition de fontes en ligne
                      - Dans le même atelier qui a fait émerger le ScribusWhiteSpaceGenerator on a aussi vu cette idée intéressante de Camille ou encore de Denis.

                      et évidemment beaucoup d’autres bonnes choses…