Interférences

    Le reflet, multiplicateur ou écho, introduit une rythmique entre les différentes images apparaissant à la surface. La surface imagée crée, comme le perspect, les conditions de la visibilité, de réflexion ou de transparence. C’est ici qu’il y a une première interférence : le reflet ne peut se faire que lorsque la surface et ses éléments le permettent. C’est ainsi qu’alors que la surface permet de relier l’objet au monde, de le globaliser, c’est aussi elle qui qui est le plus haptique et le plus proche de l’oeil. Lorsqu’elle est imagée, il y a une permission soit soit de voir au travers, soit de réfléchir. On voit alors que bien que pouvant avoir le même rôle que le reflet, l’image présentée à la surface n’a pas du tout le même statut : il y a interférence entre les deux. Si cette image est un texte, c’est-à-dire une image abstraite, il y a rivalité entre le lieu et la globalisation. Cette rivalité a lieu puisque une image essaie de vaincre l’espace qu’elle occupe, et cela par l’intermédiaire de l’oeil, de la même manière qu’un seul objet peut occuper un espace à sa taille. La surface du transparent semble alors pleine d’images d’origines différentes que l’oeil va essayer de comprendre grâce à une vision haptique, analytique.A moins que le langage fasse une différenciation l’image perçue est une, et parcourue par l’oeil haptique inapte à saisir précisément un grand espace. La différenciation peut aussi être nécessaire pour distinguer l’image à la surface du perspect. La visibilité des plans placés en arrière est dépendante de la sur-face du transparent, à savoir si la quantité de lumière à traverser est suffisante dans le cas où elle est imagée. Toutes les interférences sont à double direction: elles sont presque des interactions. La prégnan-ce du perspect dépend de la surface tout comme le reflet dépend du perspect: s’il s’agit d’une chose fortement lumineuse (blanc par exemple), le reflet s’effacera au profit de cette chose. Nous aurions pu demander à Isaac Newton de revenir sur sa notion d’interstice1 en ne le considérant plus comme un élément de la structure de la matière, mais plus comme un élément es-sentiel de la visibilité. L’inter-stice se situe entre deux opa-cités. C’est sur ces espaces laissés libres que le reflet pourra avoir une prégnance suffisante. L’interstice devient alors une certaine opacité. Ainsi, le trans-parent est bien un médiateur du regard justement parce qu’il n’est pas invisible.L’interaction entre différents plans a été utilisée par Diller+Scofidio dans Suitcase Studies . Pour cela, ils ont associé une multitude d’éléments diffé-rents: cartes postales, citations écrites, inscriptions officielles et commerciales… A chaque valise est accroché l’un de ses éléments. Les cartes postales qui y sont placées se reflètent sur un miroir, les inscriptions sont mises sur une mousse fine translucide, les textes institu-tionnels sur une étiquette blan-che. Les deux derniers pendent à l’extérieur de la valise et sont des éléments extérieurs au touriste. L’espace vacancier ou itinérant est l’espace interne mis à la vu. Ainsi, le baggage retrace l’histoire du voyage ou sa préparation, qui nous apparaît fragmentée dans une même valise: un texte descriptif et la carte postale se superposent par reflet (miroir) ou transparence à une carte topo-graphique. Cette carte produisant sa propre ombre en négatif sur le fond de la valise. Chaque dédoublement renvoie à son original. Le mythe de la caverne n’est pas très loin. C’est bien à cela que sert la carte. Nous avons déjà vu plus haut que plus qu’un tableau, une carte, un plan divise le monde en petits lieux reliés par des chemins, qu’ils soient réels et artificiels (couloirs, routes) ou virtuels (routes maritimes). La carte, de la même façon que le texte, va se lire à partir des lieux et le regard va voyager à sa surface afin d’obtenir les informations nécessaires. La carte est donc un double élément haptique : elle est d’abord un élément de rapprochement à cause de l’échelle qu’elle produit, mais elle utilise le même type de lecture haptique que l’oeil semble apprécier. La carte est un guide non seulement à la compréhension de l’espace, mais aussi d’elle-même. Elle est d’ailleurs rarement seule mais accompagnée de légendes. Comme pour le cas d’un transparent réfléchissant, elle montre des choses, montre le bon chemin au milieu de ces choses et permet à l’oeil d’utiliser ses capacités. Comme le texte, elle fait appel à des sens et en se mélangeant au reflet ouvre la voie à des réinterprétations, décryptages des différentes images.

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