Haptique

    Suite à la métaphore d’Alberti1, la transparence a acquis un sens dérivé entièrement tourné vers sa qualité perspective (c’est-à-dire qui permet de voir au travers). Cette position était celle d’une certaine croyance «positive». Le terme s’applique alors à toute démarche de structuration ou de représentation, puis on en oublie les matériaux qui sont à l’origine de l’expression. Alors que le mot tend à favoriser certains éléments, le but d’une recherche, il occulte les autres qui ont pu être des intermédiaires ou des masques. C’est l’analyse qui compte, l’ensemble s’évanouit sous la pression du but.Ainsi la transparence s’approche souvent de l’invisibilité. Cette caractéristique n’est cependant possible que parce qu’une méthode, un type de regard permet de dépasser rapidement le stade superficiel.Car ce n’est pas parce que les transparents laissent voir ce qu’il y a derrière eux qu’ils sont invisibles.Le terrain était cependant propice à cette assimilation du fait qu’un transparent permet la vision d’un au-delà.De ce point de vue, il y a peu de différences entre la réalisation du texte de L. Weiner (IN AND OUT …) et un cube de Larry Bell. Dans le premier cas, on admettra que le verre soit utilisé en ce qu’il ne s’affirme pas directement et laisse voir les «OUT» situés sur la face extérieure de la vitre. Mais le verre s’affirme intuitivement par sa fonction de support et aussi par la distance (même infime) qui sépare les deux textes. C’est ainsi que la bifacialité montre, en produisant un écart ; idem pour le texte en suspension qui implique un support. Pour Larry Bell, le verre doit capter la lumière afin de révéler sa présence. C’est la lumière qui, en impré-gnant les matériaux, les fait émerger à la visibilité. Cette impré-gnation est très nette sur les tranches des plaques qui semblent s’illuminer d’elles-mêmes.En fait, l’invisible étant ce qui ne peut être vu, tout peut être invisible. Invisibilité et visibilité ne sont donc pas des caractères permanents du matériau. Il faut admettre avec Luc Lang1 qu’un matériau a besoin de rencontrer les «conditions de sa visibilité» pour sortir de l’invisibilité. Il semble que le transparent soit comme tout autre corps, c’est-à-dire que sa visibilité passe par la lumière. Mais le simple fait qu’il puisse être rendu visible par défaut, par déduction et non par vision, nous montre que cela peut ne pas suffire et qu’autre chose peut être nécessaire à l’acquisition de visibilité.

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