Diffusion

    D’abord, l’air est diaphane. C’est un environnement transparent qui englobe tous les corps, et dans lequel ils peuvent se mouvoir. L’air est un lieu d’échange entre les objets et fait rarement opposition au transport de leur image.Un corps est un ensemble matériologique fini, limité par cette surface. La surface est un lieu virtuel, elle n’appartient à aucun des éléments (corps ou air) mais aux deux à la fois. Ce lieu de contact est aussi celui que rencontre la lumière pour faire accéder une chose à la visibilité. C’est donc généralement la surface qui est visible du seul fait qu’elle se trouve en avant de l’objet (ce n’était pas le cas dans l’exemple de Lawrence Weiner qui montre qu’un transparent peut offrir simultanément plusieurs surfaces à l’oeil). La surface est l’élément privilégié de communication entre l’objet et l’oeil haptique. Mais qu’advient-il de la visibilité d’un transparent dont la surface aurait tendance à s’effacer au profits d’objets opaques, perçus comme plus prégnants par le regard? Pourtant, un verre n’est pas invisible. Il faut donc quil accéde par un moyen quelconque au niveau du visible.On pourrait penser à modifier le matériau. En prenant le cas d’un verre, on pourrait imaginer qu’en dépolissant sa surface, il gagnerait en présence. La photographie de Georges Sudek nous montre bien que l’irrégularité de ce type de surface capte et renvoie suffisamment de lumière. Mais cela semble donner un matériau qui est plus translucide que transparent, c’est-à-dire que la lumière passe mais non pas la forme des percepts.Cependant l’installation de Fabro ne masque pas complétement les barreaux. C’est en effet ce qui peut se passer lorsque la distance entre le verre dépoli et le perspect est faible. Le contact des objets favorise le contact visuel avec les percepts. Le calque offre un bon exemple à cela. Il n’est pas transparent en soi et mais il est justement utile pour sa capacité à le devenir lorsqu’il est rapproché, voire mis en contact avec un objet. Le transparent, dans ce cas, apparaît comme directement lié à la distance qui le sépare du perspect. Ici, il y a une sorte d’haptique du matériau : il permet de voir lorsqu’il est auprès des objets. Il attire, s’imprégne de l’image de ces objets afin de les rendre visibles.On peut voir qu’alors même que les barreaux semblent éloignés, ils envahissent ou du moins se diffuse dans le verre. Le «flou» engendré apparaît comme une incrustation alors même que le verre ne semble pas collé aux barreaux. La plaque semble attirer le perspect à elle et le laisse s’épandre en elle. Ainsi, l ‘oeil ne voit plus ce qui est derrière mais aussi et surtout son image projetée dans le verre. Cela nous montre que la transparence peut être conditionnelle et que la distance peut être un élément fondamental à sa réalisation. Cette distance entre les différents éléments entraînera une augmentation ou une diminution de l’évanouissement. Il pourra y avoir un temps d’accoutumance lié aux besoins de précision de la vision et de la recherche de signification. Le retard auquel Duchamp fait référence pour le Grand Verre ne pourrait-il pas être un retardement de l’apparition du support, dont l’éclat aurait signifié la fin. Le support retardé remplace la toile et permet aux éléments peints de ce montrer en premier, en attendant que l’on remarque le verre. Elimination d’une surface opaque qu’il aurait pu jugée inutile, ne s’appliquant qu’à rendre les formes éssentielles de l’oeuvre, sans remplissage aucun. Le verre en se brisant a cherché les conditions de sa visibilité. Ici le retard aurait voulu tendre à l’oubli.

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