Qui sont les pirates du droit d’auteur ?

    On fustige les pirates, les jeunes ou tous ceux qui sont sensés tuer la vie culturelle et qui en sont pourtant les plus gros consommateurs, voire producteurs puisque les musiciens que je connais sont les premiers à télécharger des musiques, et les vidéastes, les premiers à télécharger les films. Ils en sont simplement boulimique. Et pourtant rien n’empêche certaines personnes de vouloir tuer la poule dans l’oeuf et de vouloir développer, sans le dire, un droit d’auteur à deux vitesses, dont le rythme législatif actuel est certainement l’arme la plus dangereuse et efficace qui laisse peu de temps aux adversaires et groupes d’opposition pour organiser leur offre.

    Propriétaire de fait !

    C’est ainsi que la loi française décrit le droit d’auteur. Chacun est propriétaire de fait et les droits de chacun des auteurs individuels s’expriment sous plusieurs formes parfaitement identifiées (droit de diffusion, de représentation, de réserve, de repentir…). Le droit identifie aussi parfaitement la répartition des droits sur les oeuvres collectives ou de collaboration. Chacun est sensé respecter ce droit, et le gouvernement français demande aux étudiants d’être au courant de ce droit par les modules A1 et A2 du Certificat Informatique et Internet. Nul n’est sensé ignoré la loi, alors on l’enseigne (ce qui est une bonne chose), chacun agit donc en connaissance de cause. Mais alors comment tolérer les outre-passements de la loi, ces contournements ou alors les clauses d’exclusivité diverses. Un petit exemple :

    Certains de nos Services vous permettent de soumettre des contenus.
    Vous conservez tous vos droits de propriété intellectuelle sur ces
    contenus. Ce qui est à vous reste à vous.
    En soumettant des contenus à nos Services, par importation ou par
     tout autre moyen, vous accordez à Google (et à toute personne
    travaillant avec Google) une licence, dans le monde entier,
    d’utilisation, d’hébergement, de stockage, de reproduction, de
    modification, de création d’œuvres dérivées (des traductions, des
    adaptations ou d’autres modifications destinées à améliorer le
    fonctionnement de vos contenus par le biais de nos Services), de
    communication, de publication, de représentation publique, d’affichage
    ou de distribution public desdits contenus. Les droits que vous accordez
     dans le cadre de cette licence sont limités à l’exploitation, la
    promotion ou à l’amélioration de nos Services, ou au développement de
    nouveaux Services

    On remarquera qu’on affirme la préservation du droit d’auteur mais qu’en même temps on donne le droit à l’exploitation du contenu sans restriction (ou presque) dans le plus pur non respect de ces droits. Le but n’est pas ici de cracher sur Google (connu que Google ne crash pas, lui), d’une certaine façon tous les éditeurs que j’ai rencontré font un peu pareil.

    A l’inverse, on trouve ces mentions :

    Vous n’êtes pas autorisé à copier, modifier, distribuer, vendre ou louer
     une partie ou la totalité de nos Services ou des logiciels qui en font
    partie.

    Bravo la réciprocité : je t’aime moi non plus :)

    Vive la paraphrase !

    Continuons sur notre lancée, puisque c’est dès l’enfance qu’on prépare cela. A l’école on dit aussi aux enfants que ce n’est pas bien de copier sur son voisin. On leur demande aussi de faire preuve d’initiative et de ne pas faire de copier-coller ou de reprise de Wikipédia, mais de parcourir diverses sources et de trouver de nouvelles idées, qui viennent d’eux (au moins).

    Il semblerait ainsi que les adultes aussi respectables soient-ils ne s’appliquent pas toujours ces règles à eux-mêmes. Que penser de ce billet de Sony visant à contourner le droit en faisant de la paraphrase (ce qui comme chacun sait n’est pas vraiment de la copie) ? Ce n’est pas la première fois que Sony agit ainsi. On l’avait déjà vu bafouer le droit de la Fondation Blender concernant des films libres publiés et d’autres cas encore (VLC…)

    Finalement reparaphrasons toutes les oeuvres. C’est d’ailleurs un exercice de style fort intéressant auquel des auteurs se sont déjà collés (Queneau en particulier), mais voilà bien que Sony nous montre la porte de sortie. Puisque seule l’oeuvre réalisée est protégée et en l’état, et non les idées, qui appartiennent à tous, alors paraphrasons ! Cela sera un exercice très amusant, risque au passage de faire perdre le gout du style ou du détail, ou au contraire de le révéler. Qui sait ?

    Comme vu en commentaire sur linuxfr :

    En gros:
     - SONY: droit de piratage pour gagner de l'argent
     - SONY: lutte contre le pirate pour gagner encore plus d'argent

    L’ambition de tout ceux qui veulent renforcer la dite propriété intellectuelle serait de protéger l’innovation et la création en développant ces restrictions du public à leur profit alors justement que les industriels et entreprises de contenu sont les premières à les bafouer, à bien plus grande échelle. Rien d’anormal, apparemment, puisque les enjeux sont du côté des entreprises, non de l’utilisateur (mais pardon, l’utilisateur aussi a ses propres enjeux !).

    On dira le règne de la gratuité et les gens ne veulent plus payer !!

    Allons donc prendre les choses autrement. Est-ils normal de payer pour du contenu tombé dans le domaine public (livres, musiques, partitions, BNF qui peut d’ailleurs monnayer les documents dont elle est dépositaire). En France tout éditeur a cette obligation de dépôt à la Bibliothèque Nationale qui doit ainsi jouer un rôle de préservation du patrimoine culturel, en assurer l’accessibilité à tous de façon équitable (sauf évidemment contrainte spécifique de document rare et fragile). S’il y a impression de livres ou musique et diffusion, évidemment que cela peut se monnayer, mais pourquoi faire perdurer ce système comme base de l’ensemble s’il est un frein au développement culturel et à la reconnaissance des auteurs dont l’oeuvre est tombée dans le domaine public. et qu’il pourrait à l’inverse prendre le statut d’exception. N’aurait-ce pas en plus l’avantage d’inciter à renouer avec les bases et évolutions historiques des cultures pour mieux preparer des avenirs ?

    DANS LES LIMITES PERMISES PAR LA LOI, GOOGLE, SES FOURNISSEURS ET
    DISTRIBUTEURS, DÉCLINENT TOUTE RESPONSABILITÉ POUR LES PERTES DE
    BÉNÉFICES, DE REVENUS OU DE DONNÉES, OU LES DOMMAGES ET INTÉRÊTS
    INDIRECTS, SPÉCIAUX, CONSÉCUTIFS, EXEMPLAIRES OU PUNITIFS.

    Bientôt on nous vendra du Balzac on nous disant que ce n’est peut-être pas le bon texte à l’intérieur :)

    Alors certes : reprenons alors les règles d’utilisations de Google. Combien d’entreprises utilisent ces services parce qu’ils sont gratuits tout simplement. Et risquent par là même leur activité par la perte de données sensibles. Est-ce bien raisonnable ? La gratuité n’est donc pas que l’apanage des adolescents en manque de loisirs. La gratuité serait un mal global, qui ne s’arrête pas aux échantillons gratuits et au saccage des vernissages d’exposition. Bref, un mal si généralisé, qu’il est sûrement un bien (je n’imagine pas tous les gens qui m’entourent comme des masochistes). Et si ce mal est généralisé c’est peut-être qu’il devient norme et dans ce cas, il faudrait revoir toutes les lois pour qu’elles suivent cette évolution au lieu de vouloir interdire ce qui peut sembler inéluctable. Bref ne pas refuser le bien, ne pas refuser la part de don qui est inhérente à toute vie sociale.

    Les éventuels litiges liés aux présentes Conditions d’Utilisation ou aux
     Services seront régis par les lois de l’État de Californie, États-Unis,
     à l’exclusion des règles de conflit de lois de cet État. Toute
    réclamation liée aux présentes Conditions d’Utilisation ou aux Services
    relèvera exclusivement de la juridiction des tribunaux fédéraux ou des
    tribunaux d’État du comté de Santa Clara, Californie, États-Unis. Google
     et vous-même acceptez par les présentes de vous soumettre à la
    compétence de ces tribunaux.

    Petites entreprises qui avaient peu de moyens, prenez un avocat international pour vous protéger, c’est tellement plus simple.

    Ainsi, on voudrait nous dire que le droit est juste et qu’il protège l’intérêt général. Le preuve en est bien que ce principe n’est plus valable, qu’il ne protège ni l’intérêt général ni les plus faibles face aux plus gros ! Bref la loi perd peu à peu sa valeur sociale et politique et dans le même temps la reconnaissance qu’on peut lui apporter. Bref pourquoi la respecter si elle n’est pas le fruit d’un réel compromis ? résultat d’un projet de vie et de développement commun. Ce qui m’horripile dans tout cela, c’est que la culture qui est le fruit de l’intelligence humaine, du respect et finalement pourrait être un modèle de développement de la liberté (et qui le revendique), devient le pire exemple de ténacité policière et de censure en projet. Cela a débuté il y a bien longtemps mais dépasse à présent des limites difficilement acceptables et justifient largement les crispations actuelles des utilisateurs puisque tous ces utilisateurs sont aussi des auteurs que l’on spolie allégrement. “Le ciel vous tienne en joie“.

     

    Les auteurs et leur droit

      La question du droit d’auteur devient, à l’ère de l’économie du contenu et de la connaissance, un sujet de débat voire de combat permanent. On voit un peu partout les risques pesé sur la liberté de création et sur la liberté d’expression. Mais les discours peu clairs fleurissent tant la complexité du problème est grande, au point que c’est la liberté d’expression et de partage, base fondamentale du corps social comme l’ont montré de nombreux sociologues et anthropologues, qui peut s’en trouver attaquée. En tant qu’auteur à divers titres et sur diverses activités j’ai souhaité faire à nouveau un petit point pour expliquer certaines visions.

      les conditions du droit d’auteur

      La première chose qui caractérise à l’heure actuelle le droit d’auteur (je préfèrerai dire les droits des auteurs) tient surtout dans les crispations engendrées en particulier par les craintes de voir l’impact négatif des technologies numériques. Ces crispations sont à tous les niveaux : auteurs dont les rétributions n’augmentent pas malgré la diminution des coûts de production et de diffusion; éditeurs et vendeurs qui perdent leur marché et “monopole” face à de nouvelles pratiques; structures de perception es droits qui vivent de tout ça et qui n’ont pas envie que le système change,quitte à ignorer les nouvelles pratiques de création et de publication. Même les amateurs de culture libre fustigent parfois les documents non libres, voire les documents libres et payant. Bref, tout se mélange et les perdants sont les principaux acteurs cette bataille : les auteurs qui créent, les amateurs qui voudraient en profiter. Les intermédiaires, comme leur nom l’indique, ne sont pas nécessaires même s’ils peuvent avoir leur place et leur raison d’être à un moment donné de la production ou de l’histoire.

      L’injustice du droit ou de son application

      Il y a certaines choses qui m’étonnent dans certaines de ces crispations : un auteur est détenteur de fait des droits de sa création. Un auteur est celui qui crée, imagine l’oeuvre et lui donne vie, une existence. Dans le cas des livres, d’autres professionnels créatifs sont en oeuvre (par exemple le maquettiste), ou encore les développeurs de logiciels qui offrent des possibilités créatives. Je n’ai jamais vu les noms de ces “auteurs invisibles” sur les documents : ils sont simplement ignorés par le système; étrange lorsque l’on sait que certaines branches de l’informatique sont protégées parle droit d’auteur. Bref, loin de moi l’idée de vouloir faire un mélange des genre et de dire qu’un informaticien est un artiste et qu’un artiste est informaticien, il n’empêche que cette crispation me semble particulièrement décalée dans un contexte où il s’agit déjà d’un privilège. Qu’est-ce à dire lorsque ce n’est plus l’auteur qui bénéficie des plus-values de son oeuvre, mais les “ayant-droit”, bref n’importe qui qui a été assez malin pour acheter les droits pas trop cher et va en profiter longtemps. Finalement, le travail de l’artiste est-il si important qu’il doive être ainsi protéger de façon disproportionnée au point de priver le public d’une oeuvre éventuelle pour en organiser stratégiquement la rareté et en augmenter la valeur. Cela est-il bien raisonnable à un moment où les pratiques culturelles n’ont jamais été aussi partagées, que les amateurs sont parfois meilleurs que les professionnels, bref que les valeurs traditionnelles sont questionnées par un tas d’acteur.

      On parle en leur nom, et on ne les entends plus

      Il semblerait donc que la discussion entre les détenteurs de rentes culturelles (acquises récemment dans l’histoire) et les nouveaux acteurs soit impossible tant les premiers se braquent et que les seconds s’en énervent. Ainsi au lieu d’avoir un développement homogène et complémentaire, les deux modèles s’opposent avancent au coude à coude jusqu’à ce que l’un tombe ou soit englober par l’autre. A l’heure actuelle, les auteurs ont du mal à s’y retrouver et à comprendre tous les enjeux; la plupart d’entre eux vendent peu, très peu, et n’ont aucun gain significatif. Cette guerre, peut donc leur sembler démesurée. Ils y perdent un peu leur esprit, et alors que les éditeurs et institutions de perceptions doive gérer les droits pour eux, le problème est tellement important qu’ils en ont la tête pleine et que les discussions finissent par polluer les salons littéraires : bref ne parlons pas du contenu de l’art, mais de la stratégie du monde de l’art. C’est bien cela ? Les auteurs secouent les mains pour se faire voir, mais cela devient compliqué entre le juridique et les best-seller et les prix littéraires, il reste peu de place pour le travail au quotidien de l’art et la diversité.

      le bienheureux couple auteur-public

      Les autres perdants sont bien sûr les les lecteurs et autres amateurs destinataires. Ils sont montrés du doigt comme des voleurs (comme si la culture appartenait à quelqu’un) et la suspicion pèse sur n’importe quelle personne affirmant qu’elle utilise régulièrement internet. Ensuite, l’allongement de la durée des droits des auteurs est évidemment au détriment du domaine public. Bref, l’État abandonne son rôle de compensation entre les producteurs de “bien culturels” et les utilisateurs, au profit de premier, au risque de rendre la culture trop chère pour de nombreuses personnes ou impraticable (sur simple décision d’un ayant droit qui ne respecte d’ailleurs pas toujours la volonté de l’auteur initial). Rendre les oeuvres au monde auquel elles appartient me semble un acte fondamental ainsi que le rétablissement d’un équilibre au risque d’assécher la création et les pratiques d’inspiration, de mélange source depuis des siècles de l’évolution culturelle, par simple appropriations.

      Bref ne serait-il finalement pas une solution de laisser s’enfermer ceux qui le souhaite et partager ceux qui le souhaitent aussi ? Bien sûr c’est en quelque sorte le le pari des licences creative commons. Il en faudrait cependant pas que la loi, au-delà d’assécher la création, en vienne aussi à assécher les moyens de sa diffusion, ce qui rendrait alors particulièrement injuste et déséquilibrer les moyens d’expressions en les laissant dans les mains de quelques “magnats”. Faut-il valider le fait d’un monde à 2 cultures une fermée, irrécupérable, une ouverte et couper définitivement les ponts entre les deux ? Bref comment protéger les utilisateurs face aux abus législatifs ? Bref, pour employer des références : quand fera-t-on coincider le recto et le verso des pratiques culturelles ? Va-t-on un jour réussir à relier les différents points de vue ? Comment façonner un nouveau monde culturel non limité ? Le problème n’est peut-être pas de définir avant tout les droits des auteurs, mais d’abord la vision de la société d’avenir que nous souhaitons, entre le chacun cloitré et le tous ensemble ! Bref, comment rétablir la confiance, ce que le droit ne saurait faire, et qui est pourtant essentiel à toute société.

      le retour des auteurs

        Les infos fusent en ce moment sur l’évolution de l’offre de l’édition numérique. Entre l’HADOPI qui s’auto-complimente et les éditeurs de livres qui n’arrivent pas à mettre le pied à l’étrier, il est flagrant d’observer un décalage fondamental.

        Pourtant comme le MP3 ou le MP4 sont rentrés dans les moeurs, pourquoi les livres électroniques ne connaitraient-ils pas un succès ?
        D’abord le livre véhicule une image particulière : luxe, culture du à la fois à son histoire mais aussi aux changements qu’il a permis au sein de nos sociétés. Sans l’évolution des techniques d’impressions et de méthodes d’édition qui ont suivies, nos sociétés ne se seraient jamais développées de la même façon car le livre est une part importante de la formation et de l’auto-formation essentielle au développement de l’activité économique.
        Le livre, même, possède un caractère presque religieux : le livre c’est la Bible, le Coran, bref, de Saints Ecritures, comme on dit. Pas étonnant, donc que les éditeurs aient du mal à passer le cap du changement de support pour le texte.
        Ces éditeurs même ont du mal à être clairs : dans un sens ils nous disent que ce qu’achète un lecteur c’est le contenu, non le livre et dans le même temps, tout est fait pour brider l’utilisateur. Nous reviendrons sur ce point.
        Cependant, avec l’essor des tablettes numériques (plus légères et maniables que des ordinateurs) et des smartphones, voilà que l’édition électronique fait un bon aux Etats-Unis et que les éditeurs français se disent maintenant qu’il faut suivre. Bref, cela fait 10 ans que les changements sont en marche, mais on attend le dernier moment pour s’investir dans la direction. Au final, on aboutit à une sorte de précipation qui risque d’être dommageable à toute la chaîne, de l’auteur au lecteur.
        Cette chaîne, dans les accords actuels, se caractérise par une main mise des vendeurs sur le contenu. Bref, on tente de faire avec les livres ce qui n’a surtout pas marché avec la musique : formats fermés, protection contre la copie… et qui ont fait que les acheteurs en avaient assez.
        Reprenons la chaîne à partir de l’auteur. Le chiffre d’affaire de l’édition est de l’ordre de 3 milliard d’euros en France en 2010 pour 465 millions d’exemplaires vendus sur 600 000 titres dont 67 000 nouveaux. De ceux-ci, les 10 000 titres les plus vendus représente plus de 50% du chiffre d’affaire. La plupart des livres sont donc vendus à de très faibles quantité. La grande majorité des auteurs a donc beaucoup de mal à obtenir un revenu suffisant de la vente pour arriver à continuer la production de ressources.
        Les éditeurs eux-mêmes voient les ventes diminuer. L’augmentation lente de la vente électronique est loin de pallier la baisse. La solution trouvée jusqu’ici est d’augmenter le nombre de titres disponibles pour bénéficier de l’effet nouveauté. La première de cette stratégie tient dans le fait qu’elle épuise les équipes de production (auteur, relecteur, maquettiste), au détriment de la qualité et donc du lecteur (produire plus vite donc moins de temps par ouvrage, pas d’amélioration d’un texte, mais on le refait complétement). Le fait est que le temps passer à la lecture de documents longs diminue, au profit de lecture en diagonal (news sur le web, tweets…). Un français sur 2 n’a pas acheté de livre en 2010. parmi ceux-ci, 25% sont des poches, et romans+livres pratiques+scolaires représentent presque 65% des ventes. Bref, les lecteurs adultes semblent plus enclins à la lecture loisir, reléguant l’apprentissage aux enfants, ce qui limite d’autant la vente de livres qui se veulent “intelligents” ou qui sont le résultats d’innovation réelles (pas que la littérature ne puisse pas innover bien sûr !).
        Il est coutume de dire que les imprimeurs vont y perdre. Cela n’est pas nécessairement le cas. Le développement de l’impression à la demande engendre un nouveau type de service qui pourrait compenser certaines pertes dans les secteurs traditionnels du livre édité.

        Finallement, il nous reste les diffuseurs et distributeurs. Chez les distributeurs physiques de grande échelle, les rayons livres se réduisent peu à peu, focalisant toujours plus sur des grands titres. Dans le même temps, les petites librairies n’arrivent plus à suivre malgré les efforts consentis. Reste donc que les grands distributeurs qui avaient une part importante du marché sont ceux qui peuvent maintenant prendre en charge la vente électronique. Amazon, FNAC et autres vont donc se partager le nouveau marché des livres électroniques en particulier avec la mise sur le marché de matériel de lectures spécifiques. A l’heure actuel, le livre électronique reste en France très cher : en général le même prix que le livre papier alors même que ces coûts de production sont bien moindres, l’investissement quasi nul (les auteurs sont payés sur les ventes souvent 1 an après, pas de frais d’impression ni de diffusion, ne reste à payer que le staff de l’éditeur et la mise en page). Cela à l’avantage de ne pas sonner le glas du livre papier trop vite mais il semble aussi tout à fait anormal de ne pas calculer le prix d’un produit en fonction de son coût de fabrication. Les droits d’auteurs ne sont pas plus élevés, la marge augmente donc seulement pour les éditeurs et les distributeurs.
        A en juger par les récents accords signés entre ces derniers, il semblerait que les éditeurs aient mal négociés leur tournant technologique et se soient laisser dicter les termes du contrat : dans un cas Amazon prend 30% du prix de vente soit environ 5 fois plus que l’auteur qui oscille entre 5 et 15% alors même que c’est l’auteur qui passe le plus de temps à produire le document. Mais il devient courant de nos jours que le travail ne soit pas rémunéré à sa valeur réelle et que certains se réserve la plus grande part. Plus que cela, plus que de vendre sans réévaluer les revenus de totue la chaîne de production, Amazon diffusera les livres dans son format propre, ce qui empêchera l’acheteur de pouvoir livre le livre acheter sur le matériel de son souhait. Ainsi, l’édition électronique pour urdes raisons de marché, adopte une politique de prise en otage de la clientèle alors que le lecteur aimerait simplement accéder au contenu, et que des formats standards comme le epub ont été créés pour assurer la portabilité des documents.

        Cette situation peut-elle perdurer ? Il est fort possible que oui. On a bien vu il y a quelques années les formats propriétaires de musique s’écrouler face au standard MP3. Exit ceux qui voulaient avoir la main mise sur la musique. Mais cette révolution est venue des utilisateurs, en général jeunes, malins et qui communiquent beaucoup entre eux sur les astuces, qui partagent beaucoup les fichiers par manque de ressources financières. En ce qui concerne les livres, dont l’acheteur est majoritairement adulte, parfois moins technophile, dont le temps passé à chercher une solution à un impact sur sa vie familiale, il est probable que la pression sur les formats de fichier se fasse moins forte que pour la musique. Malheureusement. Comme on peut prêter un livre, ou l’emporter avec soi, comment sera-t-il possible d’emporter son livre électronique qui va nécessiter une tablette d’un certain type. En achetant des livres chez différents distributeurs, faudrat-il voyager avec les tablettes de chacun des distributeurs et la grosse valise qui va avec. Qu’en sera-t-il de la possibilité de prêter un livre à un ami si celui-ci n’est pas équipé comme nous ? Bref qu’en sera-t-il de la liberté du lecteur ?
        De son côté, l’auteur a de réelles questions à se poser. S’il vend moins, s’il n’est pas mieux rétribué sur la marge créé, s’il n’est pas mieux suivi par l’édition, n’a-t-il pas intérêt de publier ses livre en dehors des circuits constitués. Deux grandes possibilités lui sont alors offertes :
        - écrire les livres de son souhait, de la façon qu’il lui convient et organiser la publication lui-même en déposant son livre chez les distribiteurs (le même Amazon permet de faire ça depuis très longtemps). Il peut même exister des versions papiers grâce aux sites d’impression à la demande. Dans tout ces cas, l’isolement peut être lourd à porter et l’auteur aura peut-être envie de s’investir dans des réseaux d’auteurs pour bénéficier de dynamiques, de relecteurs… Dans ce cas, on préserve une forme du système actuel, une rémunération sur les ventes, aléatoires.
        - écrire des livres avec un financement préalable, un peu comme une avance. Cette avance peut être l’objet d’un contrat avec un client demandeur ou être le résultat d’une souscription. Si ce modèle est certainement peu pratique pour pour les romans puisqu’il est difficile d’investir sur une histoire qui n’est pas encore écrite (encore que cela existe dans la production filmique), cela peut être tout à fait profitable pour les livres pratiques ou qui doivent être écrits à plusieurs auteurs en partage de compétence. Dans ce modèle, l’auteur est rémunéré et sait à l’avance combien il est sur de recevoir à minima, il peut éventuellement encore percevoir des droits d’auteur selon les ventes. Dans ce contexte, le livre étant déjà financé, il est facile de concevoir que celui-ci soit disponible gratuitement ou à moindre coût, pouvant ainsi bénéficier plus facilement à tous les lecteurs indépendamment de leur ressources financières, sans discrimination. Le financeur lui-même verra son objectif rempli, peut avoir un droit de regard sur le contenu en tant que commanditaire et s’assure éventuellement une reconnaissance en tant que mécène.
        Ce dernier modèle est celui qui est suivi par de nombreux groupements d’auteurs liés au logiciel libre. C’est le cas en particulier de Flossmanuals. Ce modèle mériterait certainement d’être mis en valeur. Il permet de rétablir un équilibre de la chaîne du livre en mettant au coeur l’auteur qui partage ses compétences et ses lecteurs, à la recherche d’informations et de plaisirs, au lieu, cas actuel, de profiter avant tout aux intermédiaires.