Des chiffres de piratage des livres numériques

    Alors que la baisse du prix des tablettes a réveillé la vente de livres numériques, on voit déjà apparaître des grimaçants. Le taux de piratage des livres numériques serait de l’ordre de 50 %. Ça n’étonnera que ceux qui n’y croient pas. Il est un lieu commun que de dire que la sécurité en informatique est une histoire compliquée et qu’aucune protection n’est faite pour durée. On s’étonnera surtout qu’autant d’éditeur soient tombé dans le panneau, surtout après l’expérience désastreuse des DRM dans la musique.
    Ici, on parle de 71% des éditeurs qui appliqueraient une protection dont 43% pour les DRM adobe et 36% pour les watermark. Et pourtant, après en avoir formé plusieurs, avoir fait des mises en alerte comme dans ce chapitre sur le livre Créer un epub (chez un éditeur associatif qui n’applique pas de DRM, qui a de nombreux lecteurs et qui vend tout de même des livres) les arguments des vendeurs de protections semblent être plus attirantes malgré leurs chiffres décevants, allons comprendre. Il semblerait d’ailleurs que les chiffres viennent d’une entreprise de ce genre, ne soyons pas étonnés.
    Il semble, mais je n’ai pas réussi à trouver les sources fiables, que le piratage soit réparti de la façon suivante :

    • 59% BD
    • 23% SF
    • 14% Romans
    • 4% autres

    bien illustré par ce schéma que j’ai trouvé sur des dizaines de sites qui se sont contentés de le réutilisé (alors pourquoi pas moi, et oui, le numérique à cela d’affreux).

    On observera donc que la catégorie la plus touchée est celle qui ne concerne pas les livres dits sérieux (essais, philosophie). Voilà qui devraient permettre aux éditeurs d’apprécier à nouveaux ces livres qu’ils ont délaissés ces dernières années parce que trop austères :)
    Mais alors que la lecture est en recul en particulier chez les jeunes, la lecture numérique est loin de faire l’unanimité : les jeunes ne lisent pas plus de livres numériques du simple fait qu’ils sont numériques. Pire elle renforcerait le taux de distraction, comme l’affirme Roberto Casati dans Contre le colonialisme numérique.
    Les livres numériques d’ailleurs restent chers : en général seulement 30% moins cher qu’un livre papier alors que leur durée de vie n’est pas prouvée, qu’ils ne sont pas tous interopérables (transférables sur un autre type de tablette), non prétables…
    Alors que chez les jeunes les produits culturels font parti des objets d’identification, interdire le prêt entre personne c’est donc un peu tuer la poule dans l’oeuf.
    Rappelons aussi que ces personnes ne sont pas solvables à l’achat de livres, n’ayant pas de revenus. Il n’est donc pas assuré que le piratage engendre une vraie perte financière

    Autre point : il reste donc difficile d’emprunter des livres dans les bibliothèques. En contraignant à l’utilisation de certains logiciels qui ne fonctionnent malheureusement pas sur tout les supports; elles ne peuvent donc elle-même assurer leur rôle. Cela ne favorise pas la diffusion des ouvrages ce qui peut représenter un risque à long terme.
    Les éditeurs à vouloir sauver le livre, cherchent certainement à tuer la lecture : après avoir imposé une réduction de rémunération des auteurs, voilà qu’ils tentent d’empêcher les lecteurs de lire. Bientôt, ils resteront seuls avec leurs livres, mais peut-être est-ce cela qu’ils cherchent : quand on ne veut pas se faire voler son sac, on ne sort pas de chez soi, c’est tellement plus sûr. Allant à l’inverse des préconisations du Groupement pour la lecture numérique, l’histoire pourrait donc ne pas s’améliorer.

    Qui sont les pirates du droit d’auteur ?

      On fustige les pirates, les jeunes ou tous ceux qui sont sensés tuer la vie culturelle et qui en sont pourtant les plus gros consommateurs, voire producteurs puisque les musiciens que je connais sont les premiers à télécharger des musiques, et les vidéastes, les premiers à télécharger les films. Ils en sont simplement boulimique. Et pourtant rien n’empêche certaines personnes de vouloir tuer la poule dans l’oeuf et de vouloir développer, sans le dire, un droit d’auteur à deux vitesses, dont le rythme législatif actuel est certainement l’arme la plus dangereuse et efficace qui laisse peu de temps aux adversaires et groupes d’opposition pour organiser leur offre.

      Propriétaire de fait !

      C’est ainsi que la loi française décrit le droit d’auteur. Chacun est propriétaire de fait et les droits de chacun des auteurs individuels s’expriment sous plusieurs formes parfaitement identifiées (droit de diffusion, de représentation, de réserve, de repentir…). Le droit identifie aussi parfaitement la répartition des droits sur les oeuvres collectives ou de collaboration. Chacun est sensé respecter ce droit, et le gouvernement français demande aux étudiants d’être au courant de ce droit par les modules A1 et A2 du Certificat Informatique et Internet. Nul n’est sensé ignoré la loi, alors on l’enseigne (ce qui est une bonne chose), chacun agit donc en connaissance de cause. Mais alors comment tolérer les outre-passements de la loi, ces contournements ou alors les clauses d’exclusivité diverses. Un petit exemple :

      Certains de nos Services vous permettent de soumettre des contenus.
      Vous conservez tous vos droits de propriété intellectuelle sur ces
      contenus. Ce qui est à vous reste à vous.
      En soumettant des contenus à nos Services, par importation ou par
       tout autre moyen, vous accordez à Google (et à toute personne
      travaillant avec Google) une licence, dans le monde entier,
      d’utilisation, d’hébergement, de stockage, de reproduction, de
      modification, de création d’œuvres dérivées (des traductions, des
      adaptations ou d’autres modifications destinées à améliorer le
      fonctionnement de vos contenus par le biais de nos Services), de
      communication, de publication, de représentation publique, d’affichage
      ou de distribution public desdits contenus. Les droits que vous accordez
       dans le cadre de cette licence sont limités à l’exploitation, la
      promotion ou à l’amélioration de nos Services, ou au développement de
      nouveaux Services

      On remarquera qu’on affirme la préservation du droit d’auteur mais qu’en même temps on donne le droit à l’exploitation du contenu sans restriction (ou presque) dans le plus pur non respect de ces droits. Le but n’est pas ici de cracher sur Google (connu que Google ne crash pas, lui), d’une certaine façon tous les éditeurs que j’ai rencontré font un peu pareil.

      A l’inverse, on trouve ces mentions :

      Vous n’êtes pas autorisé à copier, modifier, distribuer, vendre ou louer
       une partie ou la totalité de nos Services ou des logiciels qui en font
      partie.

      Bravo la réciprocité : je t’aime moi non plus :)

      Vive la paraphrase !

      Continuons sur notre lancée, puisque c’est dès l’enfance qu’on prépare cela. A l’école on dit aussi aux enfants que ce n’est pas bien de copier sur son voisin. On leur demande aussi de faire preuve d’initiative et de ne pas faire de copier-coller ou de reprise de Wikipédia, mais de parcourir diverses sources et de trouver de nouvelles idées, qui viennent d’eux (au moins).

      Il semblerait ainsi que les adultes aussi respectables soient-ils ne s’appliquent pas toujours ces règles à eux-mêmes. Que penser de ce billet de Sony visant à contourner le droit en faisant de la paraphrase (ce qui comme chacun sait n’est pas vraiment de la copie) ? Ce n’est pas la première fois que Sony agit ainsi. On l’avait déjà vu bafouer le droit de la Fondation Blender concernant des films libres publiés et d’autres cas encore (VLC…)

      Finalement reparaphrasons toutes les oeuvres. C’est d’ailleurs un exercice de style fort intéressant auquel des auteurs se sont déjà collés (Queneau en particulier), mais voilà bien que Sony nous montre la porte de sortie. Puisque seule l’oeuvre réalisée est protégée et en l’état, et non les idées, qui appartiennent à tous, alors paraphrasons ! Cela sera un exercice très amusant, risque au passage de faire perdre le gout du style ou du détail, ou au contraire de le révéler. Qui sait ?

      Comme vu en commentaire sur linuxfr :

      En gros:
       - SONY: droit de piratage pour gagner de l'argent
       - SONY: lutte contre le pirate pour gagner encore plus d'argent

      L’ambition de tout ceux qui veulent renforcer la dite propriété intellectuelle serait de protéger l’innovation et la création en développant ces restrictions du public à leur profit alors justement que les industriels et entreprises de contenu sont les premières à les bafouer, à bien plus grande échelle. Rien d’anormal, apparemment, puisque les enjeux sont du côté des entreprises, non de l’utilisateur (mais pardon, l’utilisateur aussi a ses propres enjeux !).

      On dira le règne de la gratuité et les gens ne veulent plus payer !!

      Allons donc prendre les choses autrement. Est-ils normal de payer pour du contenu tombé dans le domaine public (livres, musiques, partitions, BNF qui peut d’ailleurs monnayer les documents dont elle est dépositaire). En France tout éditeur a cette obligation de dépôt à la Bibliothèque Nationale qui doit ainsi jouer un rôle de préservation du patrimoine culturel, en assurer l’accessibilité à tous de façon équitable (sauf évidemment contrainte spécifique de document rare et fragile). S’il y a impression de livres ou musique et diffusion, évidemment que cela peut se monnayer, mais pourquoi faire perdurer ce système comme base de l’ensemble s’il est un frein au développement culturel et à la reconnaissance des auteurs dont l’oeuvre est tombée dans le domaine public. et qu’il pourrait à l’inverse prendre le statut d’exception. N’aurait-ce pas en plus l’avantage d’inciter à renouer avec les bases et évolutions historiques des cultures pour mieux preparer des avenirs ?

      DANS LES LIMITES PERMISES PAR LA LOI, GOOGLE, SES FOURNISSEURS ET
      DISTRIBUTEURS, DÉCLINENT TOUTE RESPONSABILITÉ POUR LES PERTES DE
      BÉNÉFICES, DE REVENUS OU DE DONNÉES, OU LES DOMMAGES ET INTÉRÊTS
      INDIRECTS, SPÉCIAUX, CONSÉCUTIFS, EXEMPLAIRES OU PUNITIFS.

      Bientôt on nous vendra du Balzac on nous disant que ce n’est peut-être pas le bon texte à l’intérieur :)

      Alors certes : reprenons alors les règles d’utilisations de Google. Combien d’entreprises utilisent ces services parce qu’ils sont gratuits tout simplement. Et risquent par là même leur activité par la perte de données sensibles. Est-ce bien raisonnable ? La gratuité n’est donc pas que l’apanage des adolescents en manque de loisirs. La gratuité serait un mal global, qui ne s’arrête pas aux échantillons gratuits et au saccage des vernissages d’exposition. Bref, un mal si généralisé, qu’il est sûrement un bien (je n’imagine pas tous les gens qui m’entourent comme des masochistes). Et si ce mal est généralisé c’est peut-être qu’il devient norme et dans ce cas, il faudrait revoir toutes les lois pour qu’elles suivent cette évolution au lieu de vouloir interdire ce qui peut sembler inéluctable. Bref ne pas refuser le bien, ne pas refuser la part de don qui est inhérente à toute vie sociale.

      Les éventuels litiges liés aux présentes Conditions d’Utilisation ou aux
       Services seront régis par les lois de l’État de Californie, États-Unis,
       à l’exclusion des règles de conflit de lois de cet État. Toute
      réclamation liée aux présentes Conditions d’Utilisation ou aux Services
      relèvera exclusivement de la juridiction des tribunaux fédéraux ou des
      tribunaux d’État du comté de Santa Clara, Californie, États-Unis. Google
       et vous-même acceptez par les présentes de vous soumettre à la
      compétence de ces tribunaux.

      Petites entreprises qui avaient peu de moyens, prenez un avocat international pour vous protéger, c’est tellement plus simple.

      Ainsi, on voudrait nous dire que le droit est juste et qu’il protège l’intérêt général. Le preuve en est bien que ce principe n’est plus valable, qu’il ne protège ni l’intérêt général ni les plus faibles face aux plus gros ! Bref la loi perd peu à peu sa valeur sociale et politique et dans le même temps la reconnaissance qu’on peut lui apporter. Bref pourquoi la respecter si elle n’est pas le fruit d’un réel compromis ? résultat d’un projet de vie et de développement commun. Ce qui m’horripile dans tout cela, c’est que la culture qui est le fruit de l’intelligence humaine, du respect et finalement pourrait être un modèle de développement de la liberté (et qui le revendique), devient le pire exemple de ténacité policière et de censure en projet. Cela a débuté il y a bien longtemps mais dépasse à présent des limites difficilement acceptables et justifient largement les crispations actuelles des utilisateurs puisque tous ces utilisateurs sont aussi des auteurs que l’on spolie allégrement. “Le ciel vous tienne en joie“.

       

      Sarkozy : Un président Pirate

      • Anglais

      Hier jeudi 8 oct, je monte dans l’avion qui me ramène de Marseille à Rennes suite à une formation Scribus (dans laquelle je me suis évertué à valoriser le travail des auteurs, photographes, illustrateurs et le respect qu’ils imposent au maquettiste). L’hôtesse qui fait bien son boulot me propose un journal : la personne qui est devant moi a pris un Figaro, je prend donc un Libé.

      Les réponses à la requête sont surprenantes

      Les réponses à la requête sont surprenantes

      Je tourne les pages et je tombe sur cette colonne effrayante :”L’Elysée pirate”. L’affaire est révélée par le canard enchaînée : le service communication de N. Sarkozy aurait fait 400 copies pirates d’un documentaire sur le président, qu’ils auraient distribués gracieusement à des ambassadeurs (il faut déjà vouloir le prendre). Sur la jaquette aucune mention des auteurs, mais le logo des services de communication. Les faits sont difficiles à nier. Ils se défendent en affirmant ne pas tirer profit des copies, c’est tout.
      Pour un président qui a fait passer des lois hyper restrictives sur la circulation des copies illégales c’est pas mal, non ? Surtout que le service communication semble ignorait la loi, puisque la copie est interdite mais si aucun usage commercial n’est fait et que quoi qu’il arrive la redistribution est passible d’une amende salée et d’emprisonnement. Il est vrai qu’en France, le président est sujet à une immunité judiciaire, cela facilite les choses.
      Plus étonnant encore, une simple recherche sur Google montre que l’info n’est disponible que sur des sites orientés informatiques : pas de prise de conscience dans la presse traditionnelle, ni chez les détracteurs, et rien de spécifiques chez les sociétés d’auteurs qui sont sensés protéger leurs droits. Il faut attendre le bas de la 2° page pour voire le site de Jean-Marc Morandinin, le premier non informaticien. Faible taux d’intérêt pour la question.
      Que faut-il comprendre ? Maintenant que la guéguerre législative est passée, plus personne ne s’intéresse aux auteurs ? Seuls les informaticiens auraient acquis une pleine conscience des enjeux après avoir été montrés du doigt, surtout dans le logiciel libre. Il y a peut-être une affaire dans l’affaire.